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FRAGMENT DE POEME

C'est le soir, le couchant lilluniaut ses fournaises Semble un fondeur penché qui ravive des braises ; Comme un bouclier d'or à la forge rougi, Par un brouillard sanglant le soleil élargi Plonge dans un amas de nuages étranges Qiii font traîner sur l'eau la pourpre de leurs franges ; Le rivage est désert; — pour tout bruit l'on entend La respiration du gouffre haletant.

Le vent souffîc; la mer contre l'écueil qui fume Pousse le blanc troupeau de ses coursiers d'écume. Ils montent à l'assaut, pêle-mêle nageant, Se dressant, secouant leur crinière d'argent, Éparpillant en l'air leur queue échevelée. Se mordant au poitrail, comme dans la mêlée, Enivrés du combat, se mordent des chevaux Au timon d'un quadrige attelés et rivaux; Mais le roc fait crouler leur folle armée en pluie Et semble au bord du gouffre un nageur qui s'essuie. Tel un grand nom, battu des sots et des jaloux, Voit à ses pieds se fondre et se perdre leurs coups.

280 POÉSIES NOUVnULliS

En montant au sommet de la haute falaise D'où sur la pleine mer le regard plane à l'aise, N'apereevez-vous pas, là-bas, à l'horizon Ow du jour qui s'éteint luit le dernier tison, Un point presque ellacé ?

Sans doute une mouette Faisant au bout d'un flot sa folle pirouette; De l'ouragan futur, un albatros, joyeux. Une aile dans la mer et l'autre dans les cieux ; Ou bien une dorade, un requin en voyage Trahissant à fleur d'eau son dos gris qui surnage...

Non pas. — C'est un steamer, et déjà l'on peut voir,

Comme au cimier d'un casque un long panache noir,

S'écheveler au vent l'aigrette de fumée

due pousse la vapeur de sa gueule enflammée.

Le voilà qui s'approche et se range aux îlots,

Et sa roue a cessé de souffleter les flots.

Du navire immobile un canot se détache.

L'eau, qui s'enfle et s'abaisse, et le montre et le cache ;

Par instants, dans l'abîme on le croit englouti;

Mais, de l'acre vallon péniblement sorti.

Bientôt il reparaît à la crête des lames,

Ouvrant et refermant l'éventail de ses rames.

Auprès du gouvernail, morne, silencieux.

Dans sa cape embossé, le chapeau sur les yeux.

Un jeune homme est assis. Comme un peuple en tumulte

Autour d'un dieu, les flots lui crachent leur insulte ;

Le vent de son manteau fait palpiter les plis ;

L'esquif tremble et se plaint sous les coups du roulis;

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