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II

290 POUSIES NOUVHLLIiS

Pour tioiicr ;ui pnlais dont lo ciel fait les voûtes, Il vous en l'.uit cini] cents, et vous les aurez toutes.

Au rêve caressé du pouvoir souverain

On ne renonce pas, je le sais, sans chagrin.

PREMIÈRE ÉTOILE

Vous l'avez deviné, je suis ambitieuse.

VÉNUS

l'ourtant vous vous disiez seulement curieuse. Calmez-vous, votre nom du mien sera vainqueur; D'autres soucis plus chers occupent seuls mon cœur. Vous voudriez monter, moi, je voudrais descendre !

PREMIÈRE ÉTOILE

De cette façon-là nous pourrons nous entendre. Qiioi ! vous refuseriez le nimbe à pointes d'or. Les clefs de diamant de l'éternel trésor ?

VÉNUS

Je ne les recevrais que pour vous les remettre; Je vous laisse le ciel, mais il faut me promettre...

PREMIÈRE ÉTOILE

Vos désirs, quels qu'ils soient, par moi seront remplis. Si le manteau royal me drape de ses plis. Je le jure !

VÉNUS

Écoutez : La Reine des Étoiles Reçoit de Dieu le don de percer tous les voiles ;

Elle sait le présent, elle voit l'avenir,

Et, de l'éternité forcé de revenir,

Le passé somnolent à sa voix ressuscite.

Je vous cède mes droits ; après la réussite,

Reine, faites-moi voir la terre en tout son jour.

PREMIÈRE ÉTOILE

Oiioi ! la terre ? Ce triste et maussade séjour. Ce globule manqué, que pauvrement escorte Une lune blafiirde et depuis longtemps morte !

VÉNUS

Oui, ce grain de poussière, égaré dans les cieux. Plus que mille soleils resplendit à mes yeux, Car l'amour l'illumine et nul astre ne brille Autant que la planète où rayonne ma fille !

PREMIÈRE ÉTOILE

Qiiel astre sans pudeur, quel soleil libertin. Engendra ce produit d'un rayon clandestin? Hercule, Antinous, vos deux voisins célestes. Ont eu de tous les temps des manières fort lestes; Je les soupçonnerais volontiers.

VÉNUS

Oh ! non pas ; Pour trouver mon amour, il faut chercher plus bas !

PREMIÈRE ÉTOILE

L'homme, dans ses bonheurs comme dans ses désastres, Est conduit par des fils qui l'attachent aux astres; Il épèle son sort dans ce grand livre bleu

292 l'OliSlIiS NOUVl-I. LES

Où nous traçons des mots en syllabes de feu ; Vous savci! cela.

Moi, j'étais l'heireuse Ktoile D'un jeune homme charmant, et jamais, sur la toile Ou dans le marbre, Apelle ou Phidias n'ont fait Un rêve de beauté plus pur et plus parfait. Le jour à peine éteint, je partais. Ma lumière Sur la terre endormie arrivait la première. J'avais des précédents : Phœbé jadis a mis Des baisers argentés sur des yeux endormis ! Cet exemple divin me rendit moins peuretise. Et de mon protégé je devins amoureuse, Comme autrefois Phœbé le fut d'Hndymion. Sur son front mon baiser, tremblant dans un rayon. Tombait au fond des bois par les trous des guipures Que les feuillages font avec leurs découpures. Dans sa mansarde aussi, nid de fleurs sur les toits, A travers les parfums je me glissais parfois. Ces soirs-là, la moitié de la route était faite, Car je venais du ciel et c'était un poète 1 Le coude à la fenêtre, il rêvait, il pensait; Je lisais dans son cœur le vers qu'il commençait 1 Charmée, à chaque idée ou touchante ou sublime, D'un reflet caressant j'illuminais la rime. Dans ses chants il parlait d'un idéal amour. D'une vision d'or, qu'obscurcissait le jour Et que, toutes les nuits, il sentait sur son âme Passer comme un esprit de lumière et de flamme ! Il m'avait devinée, ô bonheur sans pareil ! Et moi, sans voir le jour luire au vitrail vermeil, Sans entendre là-haut gazouiller l'alouette. Je restais sur la terre aux bras de mon poète.

Puisque j'avais l'amour, que m'importait le ciel ! Se déiîant de moi, la Reine fit l'appel; Un météore avait, rasant de près la terre, De ma faute surpris et trahi le mystère. La Reine me punit, oh ! bien cruellement. Consumé de regrets et d'ennuis, mon amant Se meurt persuadé de n'avoir tait qu'un rêve, Et lorsque je reviens, avant qu'il ne s'achève, Pour reprendre mon rang dans le céleste chœur, Il tombe, hélas ! frappé d'une étincelle au cœur !

291 l'OJiSIUS NOUVICLLUS

L'0%ESTIE

T R A G i; n 1 1; antique

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