‹ PoésiesChapitre 138 sur 145 · AUX MANES DE L EMPEREUR · texte numérisé non relu

AUX MANES DE L EMPEREUR

Quand la nef aborda, France, ton sol antique. Votre âme réveillée à ce choc électrique,

Au bruit des voix, des pas, De sa prunelle morte entrevit dans l'aurore Palpiter vaguement un drapeau tricolore,

Où l'aigle n'était pas.

Comme autrefois, le peuple autour de vous s'empresse; Cris d'amour furieux, délirante tendresse,

A genoux, chapeau bas !

Dans l'acclamation, les prudents et les sages Disent au demi-dieu, faisant sa part d'hommages :

« Dieu ! ne l'éveillez pas ! »

Vous les avez revus, — peuple élu de votre âme, — Ces Français tant aimés que votre nom enflamme,

Héros des grands combats; Mais sur son sol sacré, patrie autrefois crainte. Du pas de l'étranger on distingue une empreinte

Qui ne s'efface pas !

Voyez la jeune armée, où les fils de nos braves, Avides d'action, impatients d'entraves,

Voudraient presser le pas ; Votre nom les émeut, car vous êtes la gloire ! Mais on leur dit : « Laissez reposer la victoire,

Assez ! croisez les bras ! »

Sur le pays, le peuple, étoffe à trame forte. S'étend, Sire; le chaud, le froid, il les supporte

Mieux que les meilleurs draps; Mais ces grands si petits, chamarrés de dorures. Qui cachaient leur néant sous de riches parures.

Ne les regrettez pas.

520 A l'I'KN' DICi;

« Ils ont renié votre évangile, vos idées, votre gloire, votre sang; quand je leur ai parlé de votre cause, ils nous ont dit : « Nous ne la comprenons « pas I »

« Laissez-les dire, laissez-les f;iire; qu'importent, au char qui monte, les grains de sable qui se jettent sous les roues? Ils ont beau dire que vous êtes un météore qui ne laisse pas de traces 1 ils ont beau nier votre gloire civile ! ils ne vous déshériteront pas !

« Sire, le 15 décembre est un grand jour pour la France et pour moi. Du milieu de votre somptueux cortège, dédaignant certains hommages, vous avez un instant jeté vos regards sur ma sombre demeure, et, vous souvenant des caresses que vous prodiguiez à mon enfiince, vous m'avez dit : Tn souffres pour moi, ami, je suis content de toi.

« Louis-Napoléon.»

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