‹ PoésiesChapitre 15 sur 145 · DON JUAN · texte numérisé non relu

DON JUAN

Heureux adolescents, dont le cœur s'ouvre à peine Comme une violette à la première haleine

Du printemps qui sourit, Ames couleur de lait, frais buissons d'aubépine Où, sous le pur raj'on, dans la pluie argentine

Tout gazouille et fleurit;

O vous tous qui sortez des bras de votre mère Sans connaître la vie et la science amère,

Et qui voulez savoir.

Poètes et rêveurs! plus d'une fois sans doute. Aux lisières des bpis, en suivant votre route

Dans la rougeur du soir.

A l'heure enchanteresse où sur le bout des branches On voit se becqueter les tourterelles blanches

Et les bouvreuils au nid, Q.uanJ la nature lasse en s'endormant soupire. Et que la feuille au vent vibre comme une lyre

Après le chant fini ;

Quand le calme et l'oubli viennent à toutes choses. Et que le sylphe rentre au pavillon des roses

Sous les parfums plié; Ënius de tout cela, pleins d'ardeurs inquiètes, Vous avez souhaité ma liste et mes conquêtes !

Vous m'avez envié

Les festins, les baisers sur les épaules nues, Toutes ces voluptés à votre âge inconnues,

Aimable et cher tourment !

Zerline, Elvire, Anna, mes Romaines jalouses, Mes beaux lis d'Albion, mes brunes Andalouses,

Tout mon troupeau charmant.

Et vous vous êtes dit par la voix de vos âmes :

« Comment faisais-tu donc pour avoir plus de femmes

Qiie n'en a le sultan ?

Comment faisais-tu donc, malgré verrous et grilles, Pour te glisser au Ht des belles jeunes filles,

Heureux, heureux don Juan !

« Conquérant oublieux, une seule de celles

Q.ue tu n'inscrivais pas, une entre tes moins belles,

Ta plus modeste fleur, Oh ! combien et longtemps nous l'eussions adorée ! Elle aurait embelli, dans une urne dorée,

L'autel de notre cœur.

Page 1