‹ PoésiesChapitre 18 sur 145 · OUI, FORSTER, J ADMIRAIS · texte numérisé non relu

OUI, FORSTER, J ADMIRAIS

OUI, FO%STE%, J'^4T)Mni^IS...

OUI, Forstcr, j'admirais ton oreille divine; Tu m'avais bien compris, l'éloge se devine: Qii'elle est charmante à voir sur les bandeaux moirés De tes cheveux anglais si richement dorés! Jamais Benveuuto, dieu de la ciselure, N'a tracé sur l'argent plus fine niellure, Ni dans l'anse d'un vase enroulé d'ornement D'un tour plus gracieux et d'un goût plus charmant ! Épanouie au coin de la tempe bleuâtre.

Elle semble, au milieu de ta blancheur d'albâtre. Une fleur qui vivrait, une rose de chair. Une coquille ôtée à l'écrin de la mer! Comme en un marbre grec, elle est droite et petite. Et le moule en est pris sur celle d'Aphrodite. Bienheureux le bijou qui de ses lèvres d'or Baise son lobe rose, — et plus heureux encor Celui qui peut verser, ô faveur sans pareille ! Dans les contours nacrés de sa conque vermeille, Tremblant d'émotion, pâlissant, éperdu, Un mot mystérieux, d'elle seule entendu !

JS l'OÉSILSDlVLKSl-S

Cl). M M I-: un ;uigc t^.uJicii pieiic-z-moi soLis votre aile; Tendez, en souriant et daignant vous pencher, A ma petite main votre main maternelle, Pour soutenir mes pas et me faire marclier!

Car Jésus le doux maitre, aux célestes tendresses, Permettait aux enfants de s'approcher de lui; (^omme un père indul s;ent il souffrait leurs caresses, Vx jouait avec eux sans témoigner d'ennui.

O vous qui ressemblez à ces tableaux d'église Où l'on voit, sur fond d'or, l'auguste Charité Préservant de la faim, préservant de la bise Un groupe frais et blond dans sa robe abrité;

('onime le nourrisson de la Mère divine.

Par pitié, laissez-moi monter sur vos genoux,

Moi pauvre jeune fille, isolée, orpheline,

Qui n'ai d'espoir qu'en Dieu, qui n'ai d'espoir qu'en vous 1

A uni: j u u X li I T A L 1 i; N N i; 59

^ VKE JEU'K.E IT^'ILIE'K.'KE

FÉVRIER grelottait bl.iiic Je givre et de neige; La plaie, à flots soudains, fouettait l'angle des toits ; Et déjà tu disais: « O mon Dieu! quand pourrai-je Aller cueillir enfin la violette au bois ? «

Notre ciel est pleureur, et le printemps de France. Frileux comme l'hiver, s'assied près des tisons ; Paris est dans la boue au beau mois où Florence Égrène ses trésors sous l'émail des gazons.

Vois! les arbres noircis contournent leurs squelettes; Ton âme s'est trompée à sa douce chaleur: Tes yeux bleus sont encor les seules violettes, ^ Et le printemps ne rit que sur ta joue en fleur!

6o PO LSI rs P! V rusi s

^ T%OIS T^YS^AGISTES SALON un 1839

C'est un honliciir pour nous — lionimcs Je l;i critique, Qiii, le collier au cou, comme l'esclave antique, Sans trêve et sans repos, dans le moulin banal Tournons aveuglément la meule du journal. Et qui vivons perdus dans un désert de plâtre. N'ayant d'autre soleil qu'un lustre de théâtre — Qu'un grand paj^sagiste, un poète inspiré, Au feuillage abondant, au beau ciel azuré, Déchire d'un rayon la nuit qui nous inonde Et nous fasse un portrait de la beauté du monde, Pour nous montrer qu'il est encor loin des cités. Malgré les feuilletons, de sévères beautés Que du livre de Dieu la main de l'homme efface; De l'air, de l'eau, du ciel, des arbres, de l'espace, Et des prés de velours, qu'avril étoile encor De paillettes d'argent et d'étincelles d'or. — Enfants déshérités, hélas! sans la peinture. Nous pourrions oublier notre mère Nature; Nous pourrions, assourdis du vain bourdonnement Que fait la presse autour de tout événement.

A TROIS PAYSAGISTES 6l

Le cœur envenimé lie futiles querelles, Perdre le saint amour des choses éternelles, Et ne plus rien comprendre à l'antique beauté, A la forme, manteau sur le monde jeté. Comme autour d'une vierge une souple tunique. Ne voilant qu'à demi sa nudité pudique!

Merci donc, ô vous tous, artistes souverains! Amants des chênes verts et des rouges terrains, Qj-ie Kome voit errer dans sa morne campagne, Dessinant un arbuste, un protil de montagne. Et qui nous rapportez la vie et le soleil Dans vos toiles qu'échauffe un beau refîet vermeil ! Sans sortir, avec vous nous faisons des voyages. Nous errons, à Paris, dans mille paysages; Nous nageons dans les fîots de l'immuable azur. Et vos tableaux, fliisant une trouée au mur. Sont pour nous comme autant de fenêtres ouvertes Par où nous regardons les grandes plaines vertes. Les moissons d'or, le bois que l'automne a jauni, Les horizons sans borne et le ciel infini !

Ainsi nous vous voyons, austères solitudes

Où l'âme endort sa peine et ses inquiétudes!

Grottes de Cervara, que d'un pinceau certain

Creusa profondément le sévère Berlin.

Ainsi nous vous voyons, avec vos blocs rougeàtres

Aux flancs tout lézardés, où les chèvres des pâtres

Se pendent à midi sous le soleil ardent

Sans trouver un bourgeon à ronger de la dent;

Avec votre chemin poudroyant de lumière.

De son ruban crayeux rayant le sol de pierre.

Bien rarement foulé par le talon humain,

Et se perdant au fond parmi le champ romain.

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— Les gr.uiJs nibrcs fluets, au feuille sobre et rare, A peine noircissant leurs pieds d'une ombre avare, Montent comme la flèclie et vont b.iip;ner leur front l^ans la limpidité du ciel clair et profond; (>omme s'ils dédaignaient les plaisirs de la terre, Pour cacher une nymphe ils manquent de mj-stére : Leurs branches, laissant trop (iltrer d'air et de jour, Eloignent les désirs et les rêves d'amour; Sous leur grêle ramure un maigre anachorète Pourrait seul s'abriter et choisir sa retraite.

Nulle fleur n'adoucit cette sévérité;

Nul ton frais ne se mêle à la fauve clarté;

Des blessures du roc, ainsi que des vipères

Qui sortent à demi le corps de leurs repaires,

De pales filaments d'un aspect vénéneux

S'allongent au soleil en enlaçant leurs nœuds;

Ht Foiseau pour sa soif n'a d'autre eau que les gouttes —

Pleurs amers du rocher — qui suintent des voûtes.

Cependant ce désert a de puissants attraits

Que n'ont point nos climats et nos sites plus frais.

Où l'ombrage est opaque, où dans des vagues d'herbes

Nagent à plein poitrail les génisses superbes :

C'est que l'œil éternel brille dans ce ciel bleu,

Et que l'homme est si loin qu'on se sent près de Dieu.

G mère du génie! 6 divine nourrice!

Des grands cœurs méconnus pâle consolatrice,

Solitude ! qui tends tes bras silencieux

Aux ennuyés du monde, aux aspirants des cieux,

Quand pourrai-je avec toi, comme le vieil ermite.

Sur le livre pencher ma tête qui médite?

Plus loin, c'est Aligny, qui, le crayon eu main.

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