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A TROIS PAYSAGISTES

Comme Ingres le ferait pour un profil humain,

Recherche l'idéal et la beauté d'un arbre.

Et cisèle au pinceau sa peinture de marbre.

Il sait, dans la prison d'un rigide contour,

Enfermer des flots d'air et des torrents de jour,

Et dans tous ses tableaux, fidèle au nom qu'il signe.

Sculpteur athénien, il caresse la ligne.

Et, comme Phidias le corps de sa Vénus,

Polit avec amour le flanc des rochers nus.

Voici la 'Madeleine. — Une dernière étoile

Luit comme une Heur d'or sur la céleste toile :

La grande repentie, au fond de son désert.

En extase, à genoux, écoute le concert

Que dès l'aube lui donne un orchestre angélique,

Avec le kinnor juif et le rebec gothique.

Un rayon curieux, perçant le dôme épais,

Où les petits oiseaux dorment encore en paix,

Allume une auréole aux blonds cheveux des anges,

Illuminés soudain de nuances étranges.

Tandis que leur tunique et le bout de leurs pieds

Dans l'ombre du matin sont encore noyés.

— Fauve et le teint hdlé comme Cérès la blonde, La campagne de Rome, embrasée et féconde. En sillons rutilants jusques à l'horizon Roule l'océan d'or de sa riche moisson. Comme d'un encensoir la vapeur embaumée. Dans le lointain tournoie et monte une fumée. Et le ciel est si clair, si cristallin, si pur. Que l'on voit l'infini derrière son azur. Au-devant, près d'un mur réticulaire, en briques, Sont quelques laboureurs dans des poses antiques, Avec leur chien couché, haletant de chaleur,

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Clicrcliant contre k- sol un reste de fraîcheur; Un groupe simple et beau dans sa grâce tranquille, Q.ue Poussin avoûr.iii et qu'eut aimé Virgile.

Mais voici que le soir du haut des monts descend :

L'ombre devient plus grise et va s'élargissant ;

Le ciel vert a des tons de citron et d'orange.

Le couchant s'amincit et va plier sa frange,

La cigale se tait, et l'on n'entend de bruit

Qiie le soupir de l'eau qui se divise et fuit.

Sur le monde assoupi les heures taciturnes

Tordent leurs cheveux bruns mouillés des pleurs nocturnes

A peine reste-t-il assez de jour pour voir,

Corot, ton nom modeste écrit dans un coin noir.

Nous voici replongés dans la brume et la pluie, Sur un pavé de boue et sous un ciel de suie. Ne voyant plus, au lieu de ces beaux horizons, Que des angles de murs ou des toits de maisons; Le vent pleure, la nuit s'étoile de lanternes, Les ruisseaux miroitants lancent des reflets ternes, Partout des bruits de chars, des chants, des voix, des cris. Blonde Italie, adieu ! — Nous sommes à Paris I

F^4T UITE

E suis jeune; la pourpre eu mes veines abonde;

Mes cheveux sont de jais et mes regards de feu, Et, sans gravier ni toux, ma poitrine profonde Aspire à pleins poumons l'air du ciel, l'air de Dieu.

Aux vents capricieux qui soufflent de Bohème, Sans les compter, je jette et mes nuits et mes jours, Et, parmi les flacons, souvent l'aube au teint blême M'a surpris dénouant un masque de velours.

Plus d'une m'a remis la clef d'or de son âme ; Plus d'une m'a nommé son maître et son vainqueur ; J'aime, et parfois un ange avec un corps de femme. Le soir, descend du ciel pour dormir sur mon cœur.

On sait mou nom; ma vie est heureuse et facile; J'ai plusieurs ennemis et quelques envieux; Mais l'amitié chez moi toujours trouve un asile, Et le bonheur d'autrui n'offense pas mes yeux.

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