‹ PoésiesChapitre 27 sur 145 · LES TACHES JAUNES · texte numérisé non relu

LES TACHES JAUNES

A leurs places, dans nos couches, Ils s'allongent sous les draps, Et signent avec leurs bouches Leur visite sur nos bras.

Seule, une de mes aimées, Dans son lit noirâtn; et frais.

Dort les paupières fermées Pour ne les rouvrir jamais.

— Soulevant de ta main frêle Le couvercle du cercueil, Est-ce toi, dis! pauvre belle, Qui, la nuit, franchis mon seuil,

Toi qui, par un soir de fête, A la fin d'un carnaval, Laissas choir, pâle et muette, Ton masque et tes fleurs de bal?

O mon amour la plus tendre, De ce ciel où je te crois.

Reviendrais-tu pour me rendre Les baisers que tu me dois?

8o P O L s I li s D I V i: R s E s

L'O'K'DrX.E ET LE TÊCHEUll

Tous les jours, ccartant les roseaux et les branches, Près du fleuve où j'habite un pécheur vient s'asseoir — Car sous l'onde il a vu glisser des formes blanches — Et reste là, rêveur, du matin jusqu'au soir.

L'air frémit, l'eau soupire et semble avoir une àme, Un œil bleu s'ouvre et brille au cœur des nénufars. Un poisson se transforme et prend un corps de femme, Et des bras amoureux, et de charmants regards.

« Pécheur, suis-moi; je t'aime.

Tu seras roi des eaux.

Avec un diadème D'iris et de roseaux !

« Perçant, sous l'eau dormante, Des joncs la verte mante.

Auprès de ton amante Plonge sans t'effrayer :

l'on DINE ET LU 1' H Cil EUR 8l

« A l'autel de rocailles, Prêt pour nos fiançailles, Un prêtre à mains d'écaillés Viendra nous marier.

« Pécheur, suis-moi; je t'aime.

Tu seras roi des eaux, Avec un diadème D'iris et de roseaux ! »

Et déjà le pécheur a mis le pied dans l'onde Pour suivre le fantôme au regard fascinant : L'eau murmure, bouillonne et devient plus profonde, Et sur lui se ferme en tournant...

« De ma bouche bleu.itre, Viens, je veux t'embrasser.

Et de mes bras d'albâtre

T'enlacer,

Te bercer.

Te presser !

« Sous les eaux, de sa flamme L'amour sait m'embraser.

Je veux, buvant ton âme,

D'un baiser

M'apaiser,

T'épuiser !... »

POÉSIES ni VER SE S

r^I TOUT T>0'K.'KÉ TOU% XIE'M

OR ç.\, la belle fille, Ouvrez cette mantille 1 C'est trop de cruauté; Faites-nous cette joie Qiie pleinement on voie Toute votre beauté.

Apprenez-le, mignonne, Quand le bon Dieu vous donne Un corps aussi parfait, C'est afin qu'on le sache, Et c'est péché qu'on cache Le présent qu'il a fait.

Aime-moi, je suis riche Comme un joueur qui triche.

Comme un juif usurier :

On peut m'aimer sans honte, La couronne de comte Rayonne à mon cimier.

j'ai tout donné pour rien 85

Je suis, comme doit faire Tout fils de noble père, Les usages anciens :

On m'encense à ma place ; Mon prêtre, avant la chasse, Dit la messe à mes chiens.

J'ai de beaux équipages, Des valets et des pages A n'en savoir le nom ; J'ai des vassaux sans nombre Q.ui vont baisant mon ombre Et portent mon pennon.

Soupèse un peu, la belle, Cette lourde escarcelle.

Hé bien, elle est à toi !

Je veux que ma maîtresse Fasse envie, en richesse, A la femme d'un roi.

Tu rejettes mes offres ?

Allons, vide tes cofires, Argentier de Satan !

Fais vite, ou je dépêche, Juif, ta carcasse sèche Au diable qui l'attend.

Des robes qu'on déploie, De velours ou de soie.

Quelle est celle à ton goût?

Ces riches pendeloques, Qu'entre les doigts tu choques, Prends, je te donne tout :

Colliers dont cliaquc maille Do cent couleurs s'éniaille, Magnifiques habits, Beaux satins, fines toiles, Brocarts semés d'étoiles, Diamants et rubis 1

Oui, pour l'avoir, la belle.

Si tu fais la rebelle.

J'engagerais mon bien...

— Merci, mon gentilhomme, Reprenez votre somme.

J'ai tout donne pour rien.

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