II
Représente une lUinie avec des pendeloques,
Des plumes, du clinquant et des modes baroques.
Or, pendant que j'errais dans la vaste fonda,
Attendant qu'on servit la olla podrida,
Et que je regardais, ardent à tout connaître,
La cage du grillon pendue à la fenêtre,
Un mort passa, — partant pour le royaume noir, —
Et comme je voulais descendre pour le voir
(Car sur le front des morts le rêveur cherche à lire
Ce terrible secret qu'aucun d'eux n'a pu dire),
L'Espagnole, posant ses doigts blancs sur mon bras,
Me retint et me dit: — «Oh! ne descendez pas,
Cela vous donnerait, à coup sûr, la nausée ! »
Elle jeta ces mots vaguement, sans pensée,
De cet air de dégoût mêlé d'un peu d'effroi
Qu'on aurait en parlant d'un reptile au corps froid.
— « Ce spectacle, effrayant pour le héros lui-même, Q.ui fait pdlir encor le front du chartreux blême Après vingt ans de jeune et d'angoisses passés. Un crâne sous la main, entre des murs glacés, La mort n'a donc pour toi ni leçon ni tristesse? Et parce que tu bois le vin de ta jeunesse, Q.ue tes cheveux sont noirs et tes regards ardents. Qu'il n'est pas une tache aux perles de tes dents, Tu crois vivre toujours, sans qu'à ton front splendide Le temps avec son ongle ose écrire, une ride? Et tu méprises fort, dans ton éclat vermeil, Le cadavre au teint vert qui dort le grand sommeil? Et pourtant ce débris fut le temple d'une âme ; Ce néant a vécu ; cette lampe sans flamme, Que la bouche inconnue a soufflée en passant. Naguère eut le rayon qui t'éclaire à présent.