‹ PoésiesChapitre 34 sur 145 · LE CID ET LE JUIF IO · texte numérisé non relu

LE CID ET LE JUIF IO

Et pour voir sou corps vénéré, Tous les ans, au jour consacré, A San-Pedro la foule abonde.

— Une fois, que la nef profonde Était déserte, et qu'au saint lieu Le Cid, resté seul avec Dieu, Rêvait dans son tombeau sans garde, Un juif arrive et le regarde,

Et parlant en soi-même ainsi.

Il se dit tout pensif: — « Ceci

Est le corps du Cid, du grand homme,

Du vainqueur que partout on nomme !

On m'a raconté bien souvent

Que mil n'eût osé, lui vivant.

Se risquer dans cette entreprise

De toucher à sa barbe grise.

Maintenant, il gît morne et froid ;

Son bras, qui répandait l'effroi,

La mort le désarme et l'attache :

Je vais lui toucher la moustache,

Nous verrons s'il se fâchera

Et quelle mine il nous fera ;

Le monde est loin, rien ne m'empêche

De tirer à moi cette mèche. »

— Afin d'accomplir son dessein, Le juif sordide étend la main,..

Mais, avant que la barbe sainte Par ses doigts crochus soit atteinte.

Le noble époux de Ximena,

A plein poing prenant Tisona,

Sort dii fourreau deux pieds de lame...

Le juif, l'épouvante dans l'âme.

Tombe le front sur le pavé.

Et, par les moines relevé.

Raconte r.ivcntiiic ctrange; Puis de religion il change, Et sous le nom de Diego Gil

ïïntre au couvent. — Ainsi soit-il !

San-Pcilro de Cardena, 1845.

EN PASSANT A VERGARA lOj

No vaya usted â ver eso, que le Jarà gana Je vomitar.

ous avions avec nous une jeune Espagnole, A l'allure hardie, à la toilette folle, Au grand front éclatant comme un marbre poli. Où la réflexion n'a jamais fait un pli, Encadré de cheveux qui venaient en désordre Sur un col satiné nonchalamment se tordre ; Des sourcils de velours avec de grands yeux noirs Renvoyant des éclairs comme un piège à miroirs; Un rire éblouissant, épanoui, sonore.

Belle fleur de gaité qu'un seul mot fait éclore ; Des dents de jeune loup, pures comme du lait. Dont l'émail insolent sans trêve étincelait; Une taille cambrée en cavale andalouse ; Des pieds mignons à rendre une reine jalouse ; Et puis sur tout cela je ne sais quoi de fou, Des mouvements d'oiseau dans les poses du cou, De petits airs penchés, des tournures de hanches, De certaines façons de porter ses mains blanches, Comme dans les tableaux où le vieux Zurbaran, Sous le nom d'une sainte, en habit sévillan,

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