RIBEIRA
De quelle ambition du ciel précipitée,
De quel espoir traîné par des coursiers sans frein,
Ton âme de démon était-elle agitée ?
Q.u'avais-tu donc perdu pour être si chagrin?
De quels amours tournés se composaient tes haines.
Et qui jalousais-tu, toi, peintre souverain?
Les plus grands cœurs, hélas ! ont les plus grandes peines ; Dans la coupe profonde il tient plus de douleurs; Le ciel se venge ainsi sur les gloires humaines.
Un jour, las de l'horrible et des noires couleurs, Tu voulus peindre aussi des corps blancs comme neige. Des anges souriants, des oiseaux et des fleurs,
Des nymphes dans les bois que le satyre assiège.
Des amours endormis sur un sein frémissant.
Et tous ces frais motifs chers au moelleux Corrège ;
Mais tu ne sus trouver que du rouge de sang, Et quand du haut des cieux, apportant l'auréole, Sur le front de tes saints l'ange de Dieu descend,
En détournant les yeux, il la pose et s'envole ! Madrid, 1844.
L'ESC U%[.l L
POiii connue un déli tout prés d'une niontagiic, L'on apcTijoit Je loin dans la morne campagne Le sombre Escurial, à trois cents pieds du sol, Soulevant sur le coin de son épaule énorme, inéphant monstrueux, la coupole difforme. Débauche de granit du Tibère espagnol.
Jamais vieux pharaon, aux flancs d'un mont d'L'gypte, Ne lit pour sa momie une plus noire crypte; Jamais sphinx au désert n"a gardé plus d'ennui; La cigogne s'endort au bout des cheminées; Partout l'herbe verdit les cours abandonnées; Moines, prêtres, soldats, courtisans, tout a fui !
Et tout semblerait mort, si du bord des corniches, Des mains des rois sculptés, des frontons et des niches, Avec leurs cris charmants et leur folle gaité, 11 ne s'envolait pas des essaims d'hirondelles, Qiii, pour le réveiller, agacent à coups d'ailes Le géant assoupi qui rêve éternité!...
Escurial, 1840.