DANS LA SIERRA I
'D^é'K.S L^4 SIETl%^
AIME d'un fol amour les monts fiers et sublimes !
Les plantes n'aiment pas poser leurs pieds frileux Sur le linceul d'argent qui recouvre leurs cimes; Le soc s'émousserait à leurs pics anguleux;
Ni vigne aux bras lascifs, ni blés dorés, ni seigles; Rien qui rappelle l'homme et le travail maudit. Dans leur air libre et pur nagent des essaims d'aigles, Et l'écho du rocher siffle l'air du bandit.
Ils ne rapportent rien et ne sont pas utiles; Ils n'ont que leur beauté, je le sais, c'est bien peu; Mais, moi, je les préfère aux champs gras et fertiles, Qiii sont si loin du ciel qu'on n'v voit jamais Dieu !
Sierra Nevada, 1S40.
154 HSl'ANA
LE TOETE ET L^l EOULE
LA plaine un jour disait à la montagne oisive : « Rion ne vient sur ton front des vents toujours battu I » Au poète, courbé sur sa l^-re pensive, La foule aussi disait : « Rêveur, à quoi sers-tu? »
La montagne en courroux répondit à la plaine : « C'est moi qui fais germer les moissons sur ton sol, Du midi dévorant je tempère l'haleine, J'arrête dans les cieux les nuages au vol !
'< Je pétris dans mes doigts la neige en avalanches. Dans mon creuset je fonds les cristaux des glaciers. Et je verse, du bout de mes mamelles blanches, En longs filets d'argent, les fleuves nourriciers. »
Le poète, à son tour, répondit à la foule : « Laissez mon pâle front s'appuyer sur ma main. N'ai-je pas de mon ilanc, d'où mon âme s'écoule, Fait jaillir une source où boit le genre humain?))
Sierra Nevad.i.