JETAIS MONTE PLUS HAUT... I3I
J'ÈT^4IS S^iO'K.TE "PLUS H^4UT.
J'ÉTAIS monté plus haut que l'aigle et le nuage: Sous mes pieds s'étendait un vaste paysage Cerclé d'un double azur par le ciel et la mer, Et les crânes pelés des montagnes géantes En foule jaillissaient des profondeurs béantes, Comme de blancs écueils sortant du gouffre amer.
C'était un vaste amas d'éboulements énormes, Des rochers grimaçant dans des poses difformes, Des pics dont l'œil à peine embrasse la hauteur, Et, la neige faisant une écume à leur crête. On eût dit une mer prise un jour de tempête, Un chaos attendant le mot du Créateur.
Là dorment les débris des races disparues, Le vieux monde noyé sous les ondes accrues, Le Béhémoth biblique et le Léviathan ; Chaque mont de la chaîne, immense cimetière, Cache un corps monstrueux dans son ventre de pierre, Et ses blocs de granit sont des os de Titan !
Sierra Nevada.
coïts OL^TIO'K
^ E sois pas étonné si la ibiilc, ô poète, Dédaigne de gravir ton œuvre jusqu'au foitc! La foule est comme l'eau qui fuit les liants sommets: Où le niveau n'est pas, elle ne vient jamais. Donc, sans prendre à lui plaire une peine perdue, Ne f;iis pas d'escalier à ta pensée ardue : Une rampe aux boiteux ne rend pas le pied sur. Que le pic solitaire escalade l'azur, L'aigle saura l'atteindre avec un seul coup d'aile, Et posera son pied sur la neige éternelle, La neige immaculée, au pur reflet d'argent. Pour que Dieu, dans son œuvre allant et voyageant, Comprenne que toujours on fréquente les cimes Et qu'on monte au sommet des poèmes sublimes.
Sierra Nevada, iSfi.