‹ PoésiesChapitre 57 sur 145 · DEUX TABLEAUX D ]; V A L D E S L E A L : ; I · texte numérisé non relu

DEUX TABLEAUX D ]; V A L D E S L E A L : ; I

Dont un jaune rayon fait reluire les crânes,

Cauchemars grimaçants, monstrueuses laideurs.

Du sinistre caveau peuplent les profondeurs.

Jamais ce lourd sommeil, plein de rêves étranges.

Qui fait voir aux dormeurs les démons ou les anges,

Cette attitude morne et cet abattement

Du pécheur sans espoir qui pense au jugement;

Cet ennui de la mort qui regrette la vie.

Le soleil, le ciel bleu, la lumière ravie,

N'ont été mieux rendus qu'en ce dernier tableau,

Qui fait Valdès Léal rival de Murillo.

Pour que l'allégorie aux yeux n'offre aucun doute.

Perçant dans un éclair les ombres de la voûte,

La main de l'inconnu, la main que Balthazar

Vit écrire à son mur des mots compris trop tard.

Apparaît soutenant des balances égales:

Un des plateaux, chargé de tiares papales,

De couronnes- de rois, de sceptres, d'écussons ;

L'autre, de vils rebuts, d'ordure et de tessons.

Tout a le même poids aux balances suprêmes.

Voilà donc votre sens, mystérieux emblèmes!

Et vous nous promettez, pour consolation,

La triste égalité de la corruption !

Séville, 1S41.

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MOINES do Zurbaran, blancs chartreux qui, dans l'onibn Glissez silencieux sur les dalles des morts, Murmurant des Pater et des Ave sans nombre,

Quel crime expiez-vous par de si grands remords? Fantômes tonsurés, bourreaux à face blême. Pour le traiter ainsi, qu'a donc fait votre corps?

Votre corps, modelé par le doigt de Dieu même.

Que Jésus-Christ, son fils, a daigné revêtir,

Vous n'avez pas le droit de lui dire: « Anathème ! »

Je conçois les tourments et la foi du martNT,

Les jets de plomb fondu, les bains de poix liquide,

La gueule des lions prête à vous engloutir.

Sur un rouet de fer les boyaux qu'on dévide, Toutes les cruautés des empereurs romains; Mais je ne comprends pas ce morne suicide !

Pourquoi donc, chaque nuit, pour vous seuls inhumains. Déchirer votre épaule à coups de discipline. Jusqu'à ce que le sang ruisselle sur vos reins ?

AZURBARAN 155

Pourquoi ceindre toujours la couronne d'épine, Qiie Jésus sur son front ne mit que pour mourir, Et frapper à plein poing votre maigre poitrine ?

Croyez-vous donc que Dieu s'amuse à voir souffrir, Et que ce meurtre lent, cette froide agonie, Fassent pour vous le ciel plus facile à s'ouvrir?

Cette tête de mort entre vos doigts jaunie,

Pour ne plus en sortir, qu'elle rentre au charnier !

Que votre fosse soit par un autre finie !

L'esprit est immortel, on ne peut le nier; Mais dire, comme vous, que la chair est infâme, Statuaire divin, c'est te calomnier!

Pourtant quelle énergie et quelle force d'àme Ils avaient, ces chartreux, sous leur pâle linceul. Pour vivre, sans amis, sans fomille et sans femme.

Tout jeunes, et déjà plus glacés qu'un aïeul, N'ayant pour horizon qu'un long cloître en arcades, Avec une pensée, en face de Dieu seul !

Tes moines, Lesueur, prés de ceux-là sont fiides :

Zurbaran de Séville a mieux rendu que toi

Leurs yeux plombés d'extase et leurs têtes malades.

Le vertige divin, l'enivrement de foi

Qui les fait rayonner d'une clarté fiévreuse.

Et leur aspect étrange, à vous donner l'effroi.

Comme son dur pinceau les laboure et les creuse ! Aux pleurs du repentir comme il ouvre des lits Dans les rides sans fond de leur face terreuse 1

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