A JEAN DU SEIGNEUR I
C'est là, mon Duseigneur, qu'on peut aimer et vivre. Oh! respirer cet air si doux qu'il vous enivre. Ce parfum d'oranger, de femme et de soleil ; Près de la mer d'azur aux bruissements vagues. Dont le vent frais des nuits baise en passant les vagues, Se sentir en aller dans un demi-sommeil !
Oh ! sur le fût brisé d'une colonne antique. Sous le pampre qui grimpe au long du blanc portique, Avoir à ses genoux une contadina Au collier de corail, à la jupe écarlate, Cheveux de jais, œil brun où la pensée éclate, Une sœur de Fornarina!
Tout cela, c'est un rêve. — Il nous faut, dans la brume De ce Paris grouillant qui bourdonne et qui fume, Traîner des jours éteints, dès leur aube ternis; Pour perspective avoir des façades blafardes. Ouïr le bruit des chars et ces plaintes criardes De l'ouragan qui bat à nos carreaux jaunis !
Voir sur le ciel de plomb courir les pâles nues, Les grêles marronniers bercer leurs cimes nues, Longtemps avant le soir, derrière les toits gris. Le soleil s'enfoncer comme un vaisseau qui sombre, I:t le noir crépuscule ouvrir son aile sombre. Son aile de chauve-souris...
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]!t j;iin;iis Je rayon qui brille dans l'unilcc I Dans cette vie abstraite et d'ombres inondée, Jamais de point de feu, de paillette de jour; C'est un intérieur de Rembrandt dont on voile La dalle lumineuse et la mystique étoile; C'est une nuit profonde où se perd tout contour!
Pourtant l'ange aux veux bleus, aux ailes roses, l'ange De l'inspiration, sur les chemins de fange, Pour arriver à toi, pose ses beaux pieds blancs, Et l'auréole d'or qui couronne sa tête Dans ses cils diaprés des sept couleurs projette Des fantômes étincelants.
Alors, devant les yeux de ton àme en extase, Chatoyante d'or faux, toute folle de gaze, Comme aux pages d'Hugo ton cœur la demanda. Avec ses longs cheveux que le vent roule et crêpe. Jambe fine, pied leste et corsage de guêpe, Vrai rêve oriental, passe l'nsméralda.
Roland le paladin, qui, l'écume à la bouche, Sous un sourcil froncé roule un œil fauve et louche, Et sur les rocs aigus qu'il a déracinés, Nud, enragé d'amour, du feu dans la narine, Fait saillir les grands os de sa forte poitrine Et tord ses membres enchaînés.
A JïïAN DUSEIGNEUR 173
Puis la tête homérique et napoléonienne
De notre roi Victor! — que sais-je, moi? la mienne,
Celle de mon Gérard et de Pétrus Borel,
Et d'autres qu'en jouant tu fois, d'un doigt agile,
Palpiter dans la cire et vivre dans l'argile ;
— Assez pour, autrefois, rendre un nom immortel!
Si trois cents ans plus tôt Dieu nous avait foit naître. Parmi tous ces hauts noms l'on en eût mis peut-être D'autres qui maintenant meurent désavoués; Car nous n'étions pas foits pour cette époque immonde Et nous avons manqué notre entrée en ce monde. Où nos rôles étaient joués...
Septembre 1S31.