WLADISLAS III
Son nom roule et grossit ainsi qu'une avalanche; Aux Turcomans domptés il fliit mordre le sol. Devant ses pas vainqueurs avec lui l'aigle blanche Porte en tous lieux son vol.
Quand il prit son chemin par le pays des Slaves, Ceux-ci, voyant pareils leur langage et leur foi. Sous le joug étranger fatigués d'être esclaves, Le saluèrent roi.
Trop heureux si, content de régner avec gloire Sur les peuples nombreux à son trône soumis. Il eût su maîtriser ses ardeurs de victoire Comme ses ennemis.
Le fidèle conseil souvent lui disait : « Sire, Assez comme cela ; c'est assez de hauts foits. Vaincre est beau ; mais la gloire est plus grande, .1 vrai dire, Qu'on gagne dans la paix. »
Mais Rome parlait haut à couvrir ce langage; Le monde l'appelait; et, de tout oublieux, 11 part, et, sous Varna, contre les Turcs engage Un combat périlleux.
Les plus terribles coups, épouvante et mort pâle Allaient dans la mêlée où son glaive avait lui, Et tous ceux que touchait sa cuirasse royale Tombaient fauchés par lui.
Pour finir le combat que sa valeur prolonge. Les Spahis, à grands cris, contre lui fondent tous, Ht dans son front privé du casque la mort plonge Avec leurs mille coups.
l8o POÉSIES NOUVELLES
W'iadislas est tombé. Sous sa pesante arnuii-c La terre pousse un triste et sourd gémissement. Mort, la menace vit cncor sur sa figure Crispée horriblement.
Comme le Marcellus d'Auguste et de IJvie, Qiii ne fit que briller sur le monde et mourut, Notre Varnénien, dans l'Avril de sa vie, Brilla, puis disparut.
Avril 1S34.
PERPLEXITE
TE%TLEXITE
J'ai donné ma parole. — Allez, fermez la porte; Attachez-moi les pieds de peur que je ne sorte, Et dites qu'on me donne une tasse de thé.
S'il vient un créancier, — vous les devez connaître, — Il le faut avec soin jeter par la fenêtre, Car je veux aujourd'hui rêver en liberté.
Si quelque femme vient, petit pied, main petite. Qu'elle s'appelle Anna, Lisette ou Marguerite, Ouvrez : — Q.ui fermerait sa porte à la beauté?
Chastes Muses, — ô vous qui savez toutes choses. Ce qui fait l'incarnat des vierges et des roses, Ce qui fait la pâleur des lis et des amants;
\'ous qui savez de quoi les petits enfants révent. Quel sens ont les soupirs qui dans les bois s'élèvent. Et cent mille secrets on ne peut plus charmants;
O Muses 1 • — savez-vous ce que je m'en vais dire r
Je n'ai ni violon, ni guitare, ni lyre.
Et n'entends pas grand'chose au style des romans ;
Et ccpcnd.iin il l'.uit, car l'cditciir y coinpte, Tirer de ma cervuUe une ballade, un conte, Je ne sais quoi de beau, de neuf et de galant.
Ce sont des doigts d'ivoire et de beaux ongles roses Qui froissent ces feuillets, dans les heures moroses Où le temps ennuvé clicmine d'un pied lent.
C'est dans votre boudoir, 6 lectrice adorable. Sur un beau guéridon de citron ou d'érable. Qu'ira ce que j'écris; et j'y songe en tremblant.
Car vous avez le goût dédaigneux et superbe.
Et vous trouvez fort bien le chardon dans la gerbe
Au milieu des bluets et des coquelicots.
Madame, — excusez-moi, je ne suis pas poète; Mon nom n'est pas de ceux qu'un siècle à l'autre jette Et qui dans tous les cœurs éveillent les échos.
Hélas! — Je voudrais bien vous conter une histoire, Comme vous les aimez, — bien terrible et bien noire. Avec enlèvements, duels et quiproquos;
— Une intrigue d'amour, charmante et romanesque, Où j'aurais, nuançant ma phrase pittoresque, Pris sa pourpre à la rose et leur azur aux cieux,
Au marbre de Paros sa candeur virginale. Leur neige aux Apennins, son reiîet à l'opale, A l'ambre son parfum faible et délicieux;
Où j'aurais, pour parer ma frêle créature,
Prodiguement vidé l'écrin de la nature
Et créé deux soleils pour lui faire des yeux.