‹ PoésiesChapitre 94 sur 145 · S P 0 1; SI US NOUVEL LUS · texte numérisé non relu

S P 0 1; SI US NOUVEL LUS

Fait cclcfrc le rêve avec les fleurs nocturnes,

Non cette lune froide et brumeuse du nord

Versiii't aux jeunes cœurs, comme un philtre de mon,

Le sang pâle et glacé de la vestale chaste;

Mais l'ardente Phœbé qui règne dans Buhastc

Et ne voit rien, du haut de son lirillaiu séjour,

(>hez l'homme et chez les dieux d'aussi beau oue l'amour 1

Rhodopc, cette nymphe à la beauté splendide, Q.ui vit, dit-on, plongée en un demi-sommeil. Sur l'or et les bijoux inconnus au soleil, La Dame de la Pyramide!

Vous qui voulez courir La terrible carrière, Il faut vivre ou mourir Sans regard en arrière.

Vous qui voulez tenter L'onde, l'air et la flamme, Terreurs à surmonter Pour épurer votre âme,

LHPICURIEN 229

Si, méprisant la mort, Votre foi reste entière, En avant ! — le cœur fort Reverra la lumière,

Et lira sur l'autel Le mot du grand mystère Qu'au profane mortel Dérobe un voile austère.

Bois cette coupe 1 — Osiris la savoure A petits traits dans l'empire des morts; Il la foit boire au peuple qui l'entoure. Chaque fantôme en effleure les bords.

Bois cette coupe ! — Elle est tout frais remplie D'une eau puisée au fleuve du Léthé; En la vidant tout le passé s'oublie Comme un vain songe au matin emporté !

Le plaisir, fausse ivresse.

Vin mêlé de poison ; La science, maitresse A la dure leçon ;

L'espoir, brillant et vide, Semblable aux lacs amers, Trompant la lèvre avide Aux sables des déserts ;

230 l'OliSIUS NOUVULLIiS

L'amour, dont l.i main noue Des liens innocents Où le serpent se joue En replis malfaisants ;

Tout ce que tu connus de mauvais ou d'infâme Disparaîtra soudain dans un oubli profond, De tout ressouvenir laissant pure ton anie, Q.uand ta soif de la coupe aura tari le fond.

Vin

Rois cette coupe ! — Elle est pleine d'un divin baume. Quand Isis vint aux cieux, Horus entre les bras, Elle dit à son fîls, lui montrant son royaume : « Bois cette coupe, et toujours tu vivras! »

Je te dis et te chante, ainsi que la dt'esse. Toi qui des vastes cieux un jour hériteras : « Fusses-tu dans l'abîme, âme et corps en détresse, Bois cette coupe, et toujours tu vivras! «

La Mémoire viendra, menant le chœur des Rêves, Rêves d'un temps plus beau, plus ancien et plus pur, Qiiand l'âme, hôte des cieux, n'avait pas sur les grèves Laissé choir le duvet de ses ailes d'azur;

L EPICURIEN

Souvenirs glorieux, pareils à cette flamme Qiie lance, en s'éteignant, sur les eaux l'astre d'or, QjLii montre ce que fut et ce que n'est plus l'âme, Mais ce qu'elle pourrait brillamment être encor.

O bel arbre d'Abyssinie !

Nous te prions, par ton fruit d'or.

Par la pourpre à l'azur unie

Dans ta fleur plus splendide encor,

Par la muette bienvenue

Dont ta ramure, en s'abaissant.

D'un air hospitalier salue

L'étranger sous ton dais passant.

O bel arbre d'Abyssinie !

Quand la nuit, sans lune, descend,

Combien ta rencontre est bénie

Du voyageur au pas pesant !

Du bout caressant de tes branches

Tu viens baiser ses yeux mi-clos,

Sur lui tendrement tu te penches

Et tu lui dis : « Dors en repos ! »

O bel arbre d'Abyssinie !

Ainsi, vers moi, penche ton front qui plie.

2 5 2 1' O U S I i; S N O U V i: L L li S

Par une de ces nuits où l'éloilu d'amour, Isis, de son croissant dessinant le contour, Dans le fleuve sacré mire son front de vierge, Où les couples, guettant sa lueur de la berge, Calculent en quel temps son cours recommencé Doit la remettre aux bras du Soleil-fiancé.

Le fleuve, qui naguère

Glissait entre ses bords, garni des deux côtés Par des palais de marbre et de riches cités. Pareils à des joyaux sertis dans une chaîne, Inondant à présent la vallée et la plaine. Comme un géant qui sort de son lit brusquement. S'étale et couvre tout de son flot écumant.

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