‹ PoésiesChapitre 93 sur 145 · LE BANC DE PIERRE · texte numérisé non relu

LE BANC DE PIERRE

AU fond du parc, dans une ombre indécise, Il est un banc, solitaire et moussu, Où l'on croit voir la Rêverie assise.

Triste et songeant à quelque amour déçu. Le souvenir dans les arbres murmure, Se racontant les bonheurs expiés ; Et, comme un pleur, de la grêle ramure Une feuille tombe à vos pieds.

Ils venaient là, beau couple qui s'enlace. Aux yeux jaloux tous deux se dérobant, Et réveillaient, pour s'asseoir à sa place, Le clair de lune endormi sur le banc.

Ce qu'ils disaient, la maîtresse l'oublie; Mais l'amoureux, cœur blessé, s'en souvient. Et dans le bois, avec mélancolie,

Au rendez-vous, tout seul, revient.

224 l'OIiSir.S NOUVELLES

Pour l'œil qui sait voir les larmes des choses, Ce banc ilésert regrette le passé, Les longs baisers, et le bouquet de roses Comme un signal à son angle placé.

Sur lui la branche à l'abandon retombe, La mousse est jaune, et la fleur sans parfum ; La pierre grise a l'aspect de la tombe Qui recouvre l'amour défunt I...

L EPICURIEN

T%^4'DUCTI0'N. LITTÉ%^4LE

DES FRAGMENTS EN VERS aUI SE TROUVENT DANS

L' ÉTICU%IE'H.

QUR l'eau pure du lac, dans la lueur du soir,

^ Le reflet d'un temple s'allonge.

La fille de Corinthe y vient, et va s'asseoir

A l'escalier qui dans l'eau plonge.

Elle feuillette un livre et se penche en rêvant.

Placé près d'elle, un jeune sage Ecarte ses cheveux dénoués, dont le vent

Fait flotter l'ombre sur la page.

* Voir L'Epicurien, par Thom.is iMoore ; la prose traduite par H. Butât, les vers par Théophile Gautier. — i vol. iu-8°. Paris, i86j.

226 POÉSIls MU\- ELLES

Si ce n'était cette voix du tombeau

Qui vient chuchoter à la joie, Ce corps charmant, ce visage si beau, Ce soir des vers seraient la proie ; Si ce n'était cette amertume au cœur.

Dans cette vie, oh ! combien de bonheur ! Comme mon âme, à l'absorber avide, Ne quitterait la coupe d'or que vide!

Dieu je serais, changeant la terre en cieux. Si le plaisir pouvait faire les dieux !

Aussi loin qu'aux clartés du plus limpide azur Que jamais sur la sphère ait tendu le ciel pur. L'œil saisit des objets les formes apparues, On découvre toujours des jardins et des rues Marquant de leurs piliers des parcours infinis, Des temples, vaste amas de marbres, de granits. Des palais de porphyre énormes et splendides. Et, s'élançant des eaux, de hautes pyramides Plus vieilles que le temps, et dont l'Éternité N'ébrcchera jamais le profil respecté.

L EPICURIEN 227

Cependant sur le hic tout est tumulte et joie, Et l'animution largement s'y déploie ; Le commerce, l'amour et le culte des dieux Y forment un spectacle étrange et radieux. Une procession sur les marches des temples Avec ses prêtres blancs vêtus de robes amples Se développe au son des cymbales d'argent. Des embarcations au sillon diligent Descendent vers la mer, venant de ces contrées Qu'assourdissent du Nil les chutes effarées, Avec leur cargaison riche comme un trésor, Plumes, gemmes, parfums, ivoire et poudre d'or. Au passage exhalant l'odeur aromatique Que prennent les vaisseaux au soleil exotique.

Ici des pèlerins, enfants de tous pays,

Avant de repartir pour Bubaste ou Sais,

Dans une baie ombreuse où l'onde est plus tranquille

Poussent l'esquif léger avec la rame agile.

D'autres sous les lotus bercent leur frais sommeil.

Ou par des chants joyeux se tiennent en éveil.

Plus loin, des acacias parfument de leurs grappes

Une plage où, du lac fendant les claires nappes.

Folâtre un jeune essaim de riantes beautés

En attraits surpassant les charmes si vantés

De celle dont la chaîne, aimable au captif même,

Tint deux maîtres du monde et rompit au troisième.

Astre dont le rayon,

S'épanchant sur le monde aux heures taciturnes,

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