‹ Poète et maçon; comédie-vaudeville en un acteChapitre 5 sur 21 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les mêmes, SEDAINE , en habit d'académicien. SÉDAINE, entrant.

Air : de la Mazowka.

Ali ! que c'est beau ! {ter.) De par l'Académie ,

J'ai du génie , En Atant son chapeau , Chacun me dit : Bravo !

Dans un bon fauteuil J'ai donc siégé , tel est l'usage ;

Oui , mais , cet hommage Ne peut m'înspîrcr nul orgueil ;

Car j'ai cinquante ans , Et je dois penser qu'à cet Age,

Je suis , c'est dontmagc , Immortel pour bien peu de tems !

(parlé) C'est égal, mes confrères m'ont reçu à bras ouverts, ei mon discours a produit un effet , j'en ai encore les larmes aux yeux.

Ah ! que c'est beau ! (ter.) De par l'Académie, etc.

MIJOTOT , h pari.

Pauvre clier homme ! il me fait de la peine !

SÉDAINE , gaîment.

Bonjour, mes amis... bonjour, ma bonne Catherine. .

CATHERINE

Ah ! mon parrain... je ne me lasSe pas de vous regarder... quel habit magnifique!

SÉDAINE. '

N'es(-ce pas?. Et loi, Mijolot, lu prends part auso. .ion bonheur P..

MiJOTOT.

Je crois ben! (^àpart. ) Il appelle ça du bonheur!..

pouLiCiiorf.

Ah! ce bonheur !..

Tais-toi donc...

SÉDAINE

Le fait est que tout me réussit depuis quelque tems, cl, hier encore, mon dernier ouvrage., tu l'as vu, toi, Mijotol?

MIJOTOT.

Oui., je viens pour t'en parler. . j'ai manqué d'ôtrc écrasé!.

SÉDAINE, d'un air de satisfaction.

11 y avait tant de monde!..

MIJOTOT.

Heureusement pour toi, qu'il n'y avait personne...

SÉDAINE

Gomment) il n'y avait personne !

MIJOTOT.

Sans ça , quand c'est venu à tomber...

SÉDAINE

Tombé... mon Philosophe sans le saooir?

MIJOTOT.

Qu'est-ce qui le parle de ton Plusolophe?.. je te parle de la maison que tu fais construire rue PlAtricre et où tu m'as donné de l'ouvrage... le pignon droit a dècanillé, hier au soir...

SÉDAINE

C'est différent... nous ne nous entendons pas... pourquoi diable aussi, viens-lu parler au poète des fautes de l'architecte ?..

Est-ce que je sais ?.. voilà ce que c'est que de faire deux choses à la fois... ah ! tu étais bien mieux , quand tu tenais la truelle... quand nous étions compagnons d'échafaudage, et que tu criais : « la Tulipe! la Grenade !.. Brin-D 'amour! une truellée au sa !!!...»

Poète et Maçon . a

lO

rouLiCHON, criani.

Ah!..

MIJOTOT.

Tais-loi donc... {à Séduine.) Tu élais magnifique l

SÉDMNE,

Ce cher Mijotol !,.. je m'en souviens hien !

Aïr : Celait le bon tems.

Dispos , bien portant , •<"€UXr-*'?' " Et toujours chantant ,

Alors , ma joU était compleftc,

Jours de mon prinlems ,

Bons amis abscns , Ah ! combien mon cœur vous regrette!

On s^airaail franchement ,

On partageait gaîmcnt Les maux , les plaisirs de la vie !

£ntrc nous , point de jalousie.

Ah! quel beau raélier {^Ns.)

Que celui d'ouvrier !

ENSEMM,E.

Ah ! quel beau métier [bis.) Que celui d'ouvrier !

MIJOTOT.

Deuxième Couplet.

Méprisant l'éclat,

Oiu, j'aim' noire état, Sous l'marteau, la pierre résonne ;

En bon compagnon,

Je taill' mon moellon, Mais aussitôt qu'la cloche sonne ,

V'Ià qu'nous nous ébattons,

Et puis, qu'nous nous battons.

(Se mettant en position devant Poulichon qui cherche à parer lo coup.)

A toi !.. une... deux... parc celle-là !... ( // donne un croc en jambe à Poulichon qui tombe par terre. ) Démoli !...

Je n'ai pas les mains dans mes poches ; Je donne et je r'çois des taloches 1...

Ah! le beau métier [bis.)

Que celui d'ouvrier !

TOUS

Ah ! le beau métier [bis.) Que celui d'ouvrier /

MIJOTOT, à Sédaine.

Allons, allons, je vois <jue tu as encore du bon... je vas profiler de ça., tu sais ce que c'est qu un ouvrier qui commence?...

SÉDAINK.

A qui le dis-tu.^. . .

MIJOTOT.

On a besoin d'être protégé, poussé, encouragé...

SÉDAINE

Où veux-tu en venir ?

MIJOTOT, ouvrant le cabinet et appelant Olmer. Allons, jeune homme, par ici!. ( ÔAV/ersor/, Mijotai le pousse déliant Sédaine. ) Tiens, encourage-moi ce garçon là.

SÉDAINE, d^un air fâché.

■ Ah! c'est vous. Monsieur Olivier?...

OLIVIER , Oi^ec embarras.

Moi-même, Monsieur Sédaine.

M IJOTOT.

Voyons, voyons... il aime ta filleule... la filleule Taime.. marie-les ces enfans...

SÉDAINE

C'est impossible!

CAIMERINE ET OLIVIER.

Impossible 1

MIJOTOT

Oh l voilà... parce qu'il est simple ouvrier...

Kh l du tout... je lui voulais du bien , mais, je ne donnerai jamais ma Catherine à un paresseux.

MIJOTOT.

Il est paresseux!

SÉDAINE

Son maître est fort mécontent de lui.

MIJOTOT.

C'est bien diflérent!... ( à FuuUchon , qui est auprès d'Olivier. ) Ici, Poulichon... ici!., gare à la contagion!,, prends garde à ton innocence!..

OLIVIER

Ah! Monsieur Sédaine, si vous connaissiez mes raisons... l'ouvrier est si malheureux!..

SÉDAINE

lîh! comment ai-jc fait, moi, quand je suis arrivé à Paris, avec une mère et deux frères à soutenir... j'ai travaillé... travaillé durement., car, alors, comme aujourd'hui ,1a maîtrise existait.

OLIVIER , avec indignation.

La maîtrise !

SÉDAINE

On n'était pas libre d'exercer son industrie... il fallait se courber sous le joug d'un maître, à qui votre travail appartenait, comme celui du nègre au planteur, et il en coûtait bien cher pour acheter son affranchissement. . . C'est-à-

dire le tltoit d'élre maître à son tour... Pourlant, j'amassai la somme nécessaire. . .

OLIVIER

Dire qu'il y a des privilèges pour le travail l Ah! quand donc rouvrlerpourra-t-il vendre lui-même l'ouvrage de ses mains !

MIJOTOT.

C'est vrai!., ça indigne ces choses là... A bas les maîtres!. . ( à Sédaine. ) Ah ! excusez. . . tu en es. . . . SÉDAINE, riant.

Ne te gêne pas. . . je n'en désire pas moins Tabolition de tous les privilèges.

POULIcnON , aiant.

A bas les maîtres ! . . excepte Monsieur Sédaine ....

OLIVIER, à part.

Et moi qai hésitais à lui parler. . ( s' approchant de Sédaine et à demi-voix.) Monsieur Sédaine, je voudrais vous dire quelque chose en particulier.

SÉDAINE , étonné.

En particulier. . . Soit. . . Tout-à-l'heure. . . {^A Catherine. ) Il n'est venu personne pour moi , ce malin '? . . .

CATHERINE

Personne, mon parrain... ahl si... il est venu une carte de visite... la voilà.

SÉDAINE , la prenant et Usant.

« Pamphile Hubert ^Tnaître orfèvre... » j'en ai déjà reçu deux semblables... et pourtant je ne connais pas ce monsieur...

CATHERINE

Il demeure dans la maison depuis quelques jours et il désire beaucoup vous voir.

SÉDAINE

Ah ! pas aujourd'hui , car, j'ai à travailler...

WIJOTOT.

Tu vas retoucher au plan de la maison, rue Plâlrière.^..

SÉDAINE

Non , mais au plan du Déserteur.

MIJOTOT.

Prends garde!., prends garde !.. Ion Désalteur... ton Académie... tu ne seras plus bon à rien... allons, Poulichon, lu as aussi à travailler, toi... Au revoir, Sédaine, à lanlul, moi et les autres, nous allons le rapporter une fière appétit...

SÉDAINE

J'y compte...

MIJOTOT.

Enroule!

Aîr : Bonsoir,) mani'sell' ToiVi*//^. (La Neige.)

Poulichon , Mon gar<;on , R'prends ton ouvrage

Avec courage ; Pour avoir dl'appe'lit , Crois- en c'qu'on iMil , Travaill' mon p'iit.

jdpartJiisqxi'bi l'iicur' du dîner, Je vas nie promener.

CATUEllINE , tristement.

Adieu notr' mariage!

SÉDAINE

Jours de compagnonnage , Je vous retrouve enfin !

Je boirai de bon vin !

/ SÉDAINE

I INIcs amis , du courage , • I lanliSt , après l'ouvrage , I.J 1 A ce |oyeux leslin, S } Vous boirez du bon via.

W \ MIJOTOT Cl l'OULlCIlOW, se I Compagnons, du courage, I TanlAt , après l'ouvrage , I A ce joyeux festin , \ Nous boirons du bon vin!

Mijotot et Poulichon sortent, Callicriiic les rt-couduit.

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