‹ Poète et maçon; comédie-vaudeville en un acteChapitre 6 sur 21 · OLIVIER, SÉDAINE · texte numérisé non relu

OLIVIER, SÉDAINE

SÉDAINE, brus(juement.

Voyons, qu'as-lu à me dire i'

OLIVIER

Que ça ne peut pas durer comme ça... que je n'ai plus la force de supporter voire mépris,., vous ne m'y avez pas habilué...

SÉDAINE

Pourquoi as-tu changé... autrefois, tu étais exact, laborieux... je n'avais que des complimensà te faire...

OLIVIER

Eh! bien, la conversation de tout-à-l'heure m'encourage à tout vous avouer...

SÉDAINE

Parle , explique-toi.

OLIVIER

En allant à mon alclier, en travaillant pour un maître qui me payait mon ouvrage à vil prix , je rapportais à peine

k la maison de quoi faire vivre ma mère— et je n'aurais jamais pu amasser de quoi acheter la maîtrise... alors... ma foi...

SÉDAINE, v!\>emenl.

Eh bien ?..

OLIVIER

th bien, je me suis mis à travailler à mon compte... en secret!...

SÉDAINE

Imprudent !... mais... c'est contraire à la loi... jamais on ne l'a suivie plus sirictemcnl, on fait partout des visites domiciliaires... et si Ton découvrait...

OLIVIEU.

Je sais qu'on briserait mes outils et que je serais privé du droit d'ôtre maître un jour...

SÉDAINE

£h ! sans doute...

OLIVIER

Ah! bah! au petit bonheur!., j'espère, avant six mois, avoir mis de côté la somme suffisante...

SÉDAINE

Mais , d'ici là ?..

OLIVIER

On peut bien risquer quelque chose pour aider sa vieille mère et pour épouser une bonne petite femme qu'on aime.

Eh ! n'élais-je pas là... je voulais t'éprouver encore quelque lems... et puis, avec la dot que j'aurais donnée à Catherine , lu aurais pu l'acheter, cette maîtrise...

OLIVIER , aocc rnif/arras.

Avec la dot que vous auriez donnée... ah ! ben oui... mais ça n'est plus la môme chose...

SÉDAINE

Que veux- tu dire?...

OLIVIER

Dam! on a ses idées. . .

Air : d^Arislippe.

J'ai trop d'ficrtc ilans Ifond de l'ânic , Je n'aime pas , voycz.-vouj , à r'cevoir. Si j "deviens ricli', ce n'est pas à m.» femme , C'est à moi seul que j'vouurais le devoir , Dans le travail, j'ai nus tout mon espoir, Qui sait!. . un jour, elle croirait peul-ûlre, Qu'par intc'rôt je me suis marie, J'.t qu'ell' peut exiger en muUrc Un amour qu'elle aurait payé.

SÉDAINE, il part.

Allons, il a de la noblesse... de la générosité!., {haut.)

Tu vois bien que tu exposes à la fols ton bonheur et celui âe ma filleule... et je ne dois pas souffrir...

OLIVIER

Comment!., vous voulez m'cmpôcber...

Tu vas rclourncr chez toi... tu prendras tes ouiils et les bijoux que tuas fabriqués , tu me les apporteras... il n'y a plus de tems à perdre...

OLIVIER

Mais, vous-même, vous serez expose...

SÉDAINE

On ne viendra pas les chercher ici., d'ailleurs, ils n'y resteront que le tems qu'il faudra pour faire la demande d'une maîtri.se...

OLIVIER ^ tristement .

Acheter une maîtrise... voilà...

SÉDAINE

Sois tranquille... je compléterai la somme que tu as déj.^ amassée... c'est un prôl que tu me rendras plus tard... quand lu pourras. . . Eh bien! as-tu encore des scrupules f . . cet arrangement te plaît-ii ?.. .

OLIVIER

J'en pleure de joie. . . comment vous dire?.. .

SÉDAINE

C'est bon ! . . va-t-cn . . . va-t-en ... tu devrais déjà être de retour.

Air : de l'Orpheline. (Courons vîtc au bal.) Il faut obéir A raon dcsîr, Mais, pars de suite ; Le bonheur t^attendi Va , raon enfant, £t reviens vîtc !

OLIVIER

Que j^suis heureux !

Pourtant, je blâme ta conduite,

C'est mal, c'est affreux!. . .

A pari.^lns ce n'est pas un paresseux !

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