OLIVIER, SÉDAINE
SÉDAINE, brus(juement.
Voyons, qu'as-lu à me dire i'
OLIVIER
Que ça ne peut pas durer comme ça... que je n'ai plus la force de supporter voire mépris,., vous ne m'y avez pas habilué...
SÉDAINE
Pourquoi as-tu changé... autrefois, tu étais exact, laborieux... je n'avais que des complimensà te faire...
OLIVIER
Eh! bien, la conversation de tout-à-l'heure m'encourage à tout vous avouer...
SÉDAINE
Parle , explique-toi.
OLIVIER
En allant à mon alclier, en travaillant pour un maître qui me payait mon ouvrage à vil prix , je rapportais à peine
k la maison de quoi faire vivre ma mère— et je n'aurais jamais pu amasser de quoi acheter la maîtrise... alors... ma foi...
SÉDAINE, v!\>emenl.
Eh bien ?..
OLIVIER
th bien, je me suis mis à travailler à mon compte... en secret!...
SÉDAINE
Imprudent !... mais... c'est contraire à la loi... jamais on ne l'a suivie plus sirictemcnl, on fait partout des visites domiciliaires... et si Ton découvrait...
OLIVIEU.
Je sais qu'on briserait mes outils et que je serais privé du droit d'ôtre maître un jour...
SÉDAINE
£h ! sans doute...
OLIVIER
Ah! bah! au petit bonheur!., j'espère, avant six mois, avoir mis de côté la somme suffisante...
SÉDAINE
Mais , d'ici là ?..
OLIVIER
On peut bien risquer quelque chose pour aider sa vieille mère et pour épouser une bonne petite femme qu'on aime.
Eh ! n'élais-je pas là... je voulais t'éprouver encore quelque lems... et puis, avec la dot que j'aurais donnée à Catherine , lu aurais pu l'acheter, cette maîtrise...
OLIVIER , aocc rnif/arras.
Avec la dot que vous auriez donnée... ah ! ben oui... mais ça n'est plus la môme chose...
SÉDAINE
Que veux- tu dire?...
OLIVIER
Dam! on a ses idées. . .
Air : d^Arislippe.
J'ai trop d'ficrtc ilans Ifond de l'ânic , Je n'aime pas , voycz.-vouj , à r'cevoir. Si j "deviens ricli', ce n'est pas à m.» femme , C'est à moi seul que j'vouurais le devoir , Dans le travail, j'ai nus tout mon espoir, Qui sait!. . un jour, elle croirait peul-ûlre, Qu'par intc'rôt je me suis marie, J'.t qu'ell' peut exiger en muUrc Un amour qu'elle aurait payé.
SÉDAINE, il part.
Allons, il a de la noblesse... de la générosité!., {haut.)
Tu vois bien que tu exposes à la fols ton bonheur et celui âe ma filleule... et je ne dois pas souffrir...
OLIVIER
Comment!., vous voulez m'cmpôcber...
Tu vas rclourncr chez toi... tu prendras tes ouiils et les bijoux que tuas fabriqués , tu me les apporteras... il n'y a plus de tems à perdre...
OLIVIER
Mais, vous-même, vous serez expose...
SÉDAINE
On ne viendra pas les chercher ici., d'ailleurs, ils n'y resteront que le tems qu'il faudra pour faire la demande d'une maîtri.se...
OLIVIER ^ tristement .
Acheter une maîtrise... voilà...
SÉDAINE
Sois tranquille... je compléterai la somme que tu as déj.^ amassée... c'est un prôl que tu me rendras plus tard... quand lu pourras. . . Eh bien! as-tu encore des scrupules f . . cet arrangement te plaît-ii ?.. .
OLIVIER
J'en pleure de joie. . . comment vous dire?.. .
SÉDAINE
C'est bon ! . . va-t-cn . . . va-t-en ... tu devrais déjà être de retour.
Air : de l'Orpheline. (Courons vîtc au bal.) Il faut obéir A raon dcsîr, Mais, pars de suite ; Le bonheur t^attendi Va , raon enfant, £t reviens vîtc !
OLIVIER
Que j^suis heureux !
Pourtant, je blâme ta conduite,
C'est mal, c'est affreux!. . .
A pari.^lns ce n'est pas un paresseux !