SCENE
SÉDAINE, seul.
C'est un brave jeune homme! i . avec son récit, il m'a lout troublé !.. et pourtant, 'il faut que je lise une pièce de vers à la prochaine séance. . . c'est la dette du nouveau venii. . . oui, mais il s'agit de trouver un sujet. . . et, depuis que je suis de l'Académie, il me semble que j'ai moins d'idées. . . je ne croyais pas que ça fît sitôt cet effet là ! . .
Il se place à son bureau.
Air : de PEcu de six francs.
Il faut pourtant que je travaille , Et qu'ici , je me mette en train . . . Non- . . je ne trouve rien qui vaille* . Je vais me fatiguer en vain , Vit-on jamais pareil destin!. . .
Vraiment , ma verve est altérée^ J''ai mon bel habit cependant; On devrait avoir du talent , Quand on en porte la livrée!
Mais, voyons donc, un sujet !.. un sujet l. . Allons!. . encore des importuns, des fâcheux ! . .
SCÈIVE VÏI.
SÉDAINE, PAMPHILE, entrant aoec précaution.
VKDAvmiE ^ faisant une multitude de réoérences. Ne vous dérangez pas, je vous en prie... ô grand homme ! . . grand homme ! . . point de cérémonie avec moi. sÉDMi^E y à part.
A qui diable en a-l-il, celui-là?. . . (Jïaut^ Monsieur. . .
PAMPUILE.
Dieu lie bel habit!., quelle riche broderie!., souffrez que je vous contemple. . .
Il fait des gestes d^admiration.
SÉDAINE, à /?<7r/.
Est-ce un fou ?.. ou bien voudrait-il se meiqucr de moi?.. (^Ilaut.) Pourrais-je savoir, Monsieur, à qui j'ai l'honneur de parler?. .
PAMPHILE
A un voisin. . . J'ai nom Pamphile Hubert. . .
SÉDAINE
Ah! c'est Monsieur qui est déjà venu plusieurs fois. . .
PAMPHILE
Ce nom, j'ose le dire, jouit de quelque réputation dans l'orfèvrerie. . .
SÉDAINE
Monsieur est orfèvre ?. .
PAMPHILE
Pour vous servir. . de plus, les Hubert sont honorés, de père en fils , de la charge de grand garde du commerce du corps des bijoutiers. . .
SÉDAINE
C'est une fonction . . .
PAMPHILE
Qui exige une vaste capacité. . . nous sommes chargés de maintenir les privilèges de la maîtrise, de poursuivre ceux qui se pernjetlent d'y porter atteinte. . et je suis inflexible sur cet article làl. .
SÉDAINE, à /?«/^.
S'agirait-il d'Olivier i*. . (Jiaut.) Pardon, Monsieur, mais je ne vois pas quel rapport. . .
PAMPHILE
J'arrive au fait, grand honmie. . j'arrive au fait. . . quoique voué au commerce depuis mes plus jeunes ans, il est une passion qui me domine, qui me brûle, qui me dévore. . .
SÉDAINE
Laquelle?
PAMPHILE
Celle de la poésie ...
SÉDAINE , ù part.
Je respire!. . (^haut.) Ah! Monsieur fait des vers?. .
PAMPHILE
Le dimanche... comme délassement... j'ai composé quelques centaines de charades. . . autant de logogjyphes, de plus un poënie sur la bijuitterie. , . ( tirant des manuscrits de sa poche.) Yoici ces œuvres légères. . . prenez, Monsieur, lisez. . .
SÉDAINE , à part.
Ahl grand Dieu ! . . ( rejusant. ) Monsieur, j'ai si peu de tems. . .
PAMPHILH.
Jeune, sans protection, sans prôncurs, je n'ai pas encore pu arriver à faire insérer dans le Mercure de France le plus petit quatrain ;... un mot de vous à Monsieur Marmontel , directeur du Mercure. . . rien qu'un mot, et il insérera tout ce que vous voudrez. . . mais, avant tout, daignez lire mes productions. . .
Il présente successivement une foule de papiers à Sédaiue.
SÉDAINE , hs prenant et les jetant sur la table avec brusquerie. Ehl bien, Monsieur, je tâcherai, si j'ai le tems. . . car, mes occupations. . .
PAMPHILK.
Homme célèbre. . . votre bonté me ravit. . . j'ai encore une grâce à vous demander. . .
SÉDAINE, à part.
Il ne s'en ira pas!. . .
PAMPHILE
Je reçois chez moi quelques amis le dimanche... si j'osais vous offrir le pot au feu classique. . .
SÉDAINE
J'ai déjà eu l'honneur de vous dire que mes occupations. . .
PAMPHILE, avec joie.
11 accepte l , . il accepte !.. Il comble tous mes vœux ! . . seulement, j'aurais une demande à vous faire.
SÉDAINE
Encore ! . .
PAMPHILE
Si ça vous était égal de venir avec voire habit. . . ce superbe habit. . . parce que, voyez-vous, on verrait tout de suite, à la broderie , que vous êtes un homme d'esprit, et aux yeux de ma société. . .
SÉDAINE, 50UrW/l/.
Je conçois... {àparl^. Eh! mais, quand j'y pense... moi qui cherche un sujet depuis une heure. . . eu voilà un tout trouvé : le Pouvoir de l'Habit.
« O mon habit , que je vous reiûercie , « C'est vous qui me valez cela!
Il n'y a plus qu'à écrire. . . je cours à mon cabinet. . . je me sens en verve. . . (à Pamphile.) Ah! Monsieur , que de reconnaissance I . .
PAMPHILE, à part.
11 est enchanté!
SÉDAINIÎ.
Je n'oublierai jamais une pareille obligation.
PAMPHILE , à part , se fivttant les mains. Mon dîner a fait son effet. . .
SÉDAINE, h part.
El dire que c'est un imbécille qui m'a fourni celle idée là.. . O mon habit ! . . mon habit !..
Air : Moi ^ je réclame.
Chacun l'invite, Te nnicile ,
A ton mérîtc
On rend visiie.
C'est bien , c'est bien , Mon sujet , je le tien !
Muse cbe'rie.
Je. t'en supplie, Ah ! viens sourire à mon génie!
C'«st bien, c'ost bien!
Mon sujet je le tien!
Mon habit, je le remercie , Et , devant toi , je m'humilie , Car je vois que ta brodorie , Yaut mieux encore que le talent!
PAMPIIILE, h part.
Ah! pour moi, quelle jouissance , J'ai fait ici sa connaissance , Il accepte , par complaisance, Mon dîner, qui sera charmant .'
PAMPIIILE.
La compagnie Sera choisie !
Vraiment, mon âme on est ravîe !
r^ I C'est bien, c'est bien. • .
Il viendra, ju le lien!
W \ SÉDAINE
'A 1 Muse clienc ,
Je t'en supplie , Ah! viens sourire à mon génie!
C'est bien , c'est bien. . .
Mon sujet, je le tien!
Sédainc sort transport4$, en gciticulanl.