‹ Poètes angevins d'aujourd'huiChapitre 10 sur 37 · L ANCIEN ASPECT DE LA RUE SAINT-LAUD · texte numérisé non relu

L ANCIEN ASPECT DE LA RUE SAINT-LAUD

Au bon vieux temps tu souriais^ 6 rue ! Sous le soleil dardant sa lueur crue Tes gais logis se dressaient familiers ; Ils n'avaient pas V orgueil des hauts piliers y Le front sévère et la mine bourrue.

Ils exhibaient^ parfois fort incongrue^ Mainte sculpture à grand tort disparue f Dont s'amusaient carcassiers et drapiers Au bon vieux temps.

On s'y g2Mss2.\\. parmi la foule accrue !

Aussi quels cris ! Las ! plus rien ne s'y rue ! —

Quand, égayant ses huis hospitaliers.

Le carnaval, fourmillant d'escholiers,

Y bruissait, houleux comme une crue.

Au bon vieux temps.

Mais l'aile du Malheur a touché le Poète, et son ombre obscurcit le chemin fleuri ; et voici le troisième volume, que Pinguet a intitulé simplement : L^ Po^m^... Mlle Mathilde Alanic, qui en a donné une belle analyse, dit fort justement : « Ce titre, sohre et grave, résume admirablement le sens de l'œuvre : c'est bien le Poème de la Vie, la vie d'une àme en lutte avec les contingences terrestres et avec ses propres rêves. . . »

La place m'est trop mesurée, et je craindrais de mutiler par des citations trop courtes les belles pages lyriques de cette œuvre ; je n'en retiendrai que l'émouvante prière qui la termine :

...Mais pourrai- je jamais me détacher des choses ? Ecouter mieux mon âme et beaucoup moins mon cœur ? Vous réserver. Seigneur, pour vous seul, ma vigueur ? Vous aimer davantage en aimant moins les roses ?

Quand je pleurais de joie aux chemins oii j'allais, Respirant les parfums que vous aviez fait naître ; Quand f adorais, le soir divin de ma fenêtre, Je croyais que c'était Vous-même que j'aimais !

Je vous aimais dans la beauté des paysages ! Je vous aimais dans le soleil, dans les essaims t Dans les petits oiseaux, frères des plus grands saints ! Dans les ruisseaux qui vont lumineux et si sages !

Je vous trouvais dans les buissons, dans les bleuets ! Dans les grands blés priants semés par Pierre et Jacques t Dans le son de la brise et des cloches de Pâques ! Dans Vinfini des flots sans cesse remués !

Et c^ étaient des credos plein d^ amour, que mon âme Vous adressait ainsi du faite des coteaux ! Mais, Dieu juste, puisqu'il vous faut d'autres credos. Vous-même, accordez-moi la nécessaire flamme !

BIBLIOGRAPHIE. — La Chanson de l'Anjou, Angers, Siraudeau, 1902. — Les^ Nouveaux Poèmes de l'Anjou, ibid. 1910. — Le Poème, Angers, Grassin, 1920.

(M. A. Pinguet nous annonce la parution prochaine d'une nouvelle édition de la Chanson de l'Anjou, et de deux recueils nouveaux •.• Cantiques delà Mer, et Les Oasii et les Lassitudes. )

Emile MARCHAND

Au rebours de Pinguet, Emile-René Marchand n'est Angevin ni d'origine, ni d'exclusive inspiration : Né à Saint-Jean-de-Boiseau, dans le Pays Nantais, en 1863, il a acquis droit de cité en Anjou par près de trente ans de collaboration quotidienne au Petit Courrier, où ses chroniques journalières, pleines de bon sens, tirent des événements mondiaux d'utiles leçons de choses. Avant de faire partie de la Presse Angevine, où il ne compte que des sympathies, il avait débuté .à Nantes, en publiant dans les principaux journaux de cette ville des chroniques fantaisistes et littéraires ; il a collaboré à diverses revues. Emile Marchand a fait paraître chez l'éditeur parisien L. Vasnier, sous le pseudonyme d'Aymerillot, deux plaquettes de vers : Douceur d'Aimer, et // Faut Aimer ; il y a aussi fait paraître une étude sur le peintre Henri Picou, l'émule de Gérôme. '

« Faites des vers pour vous et vos amis », lui avait dit Coppée ; Marchand a pris si bien à la lettre la parole du Maître, qu'il ne s'est jamais inquiété du sort de ses deux plaquettes, aujourd'hui introuvables, qu'Adolphe Brisson, dans les Annales, avait pourtant appréciées dans les termes les plus louangeurs.

(En collaboration avec quelques amis, il a fait paraître aussi une plaquette intitulée Les Eglantines, honorée d'une préface par Lecomte de Lisle).

La vie a passé, avec ses absorbantes occupations quotidiennes, ses déceptions, ses deuils, ses peines, et le pimpant Aymerillot a laissé choir sa viole enrubannée ; mais on n'est pas impunément poète, et Emile Marchand rime maintenant des chants plus graves, telle cette douloureuse élégie, où saigne la plaie d'un cœur paternel incurablement blessé :

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