POUR SA FÊTE
Ce matin, dès que l aube eut azuré les deux,
T ai pensé qu'aujourd'hui c'était ton jour de fête.
Et, le long des faubourgs encor silencieux, J'ai suivi pas à pas la route déjà faite.
J'ai parcouru le triste et douloureux chemin Qui mené vers l'enclos fatal où, tu reposes ; J'y suis allé tenant un bouquet à la main, Un bouquet de lys blancs où, se mêlaient des roses.
J^ai cru que tu serais contente, et dans ce jour Qui pour moi possédait autrefois tant de charmes, Je t'ai porté mon cœur avec tout son amour, Je t'ai porté mes yeux avec toutes leurs larmes.
Vers le granit scellé qui te dérobe à moi Je m,e suis avancé dans m.on affreux martyre, Et, prosterné pour être encor plus près de toi, J'ai voulu te parler et n'ai rien pu te dire.
Que t'aurais-je donc dit avec mon cœur brisé Qui venait te donner le meilleur de lui-même, " Puisqu'il reste pour toi toujours inépuisé, Et que tous mes sanglots te criaient que je Vaime.
0 mon Dieu ! Je n'ai pas blasphémé contre vous Parce que j'ai connu la souffrance éternelle, Parce que je reviens ici d'un pas jaloux, Et que je m'agenouille en pleurant auprès d'elle.
De lys épanouis et de roses en fleur
J'ai parfumé la tombe sainte, ô ma jolie,
Où j'ai vu, l^autre automne, à travers ma douleur,
Disparaître à jamais ta grâce ensevelie.
Et j'ai repris le tiHste et pénible chemin.
Regagnant lentement les lares solitaires.
Folle était m,a pensée et vide était ma main.
Et mon cœur en lambeaux saignait le long des pierres.
Henry COR M EAU
Voici qu'après Emile Marchand la date de sa naissance appelle Henry Cormeau : Né à Beaupréau le 21 janvier 1866, il fut successivement imprimeur et journaliste ; il est aujourd'hui Juge de Paix à Seiches, où il vit dans la tranquilité du sage.
Henry Cormeau est un des talents les plus personnels de l'Anjou : ses livres, qu'il imprime lui-même avec le soin le plus somptueux, méritent d'être recherchés des bibliophiles autant que des lettrés, car plusieurs n'ont jamais été mis dans le commerce, et il ne les a offerts qu'à quelques amis ; l'un d'eux ne fut tiré qu'à cinquante-cinq exemplaires — luxe de grand seigneur, geste de grand seigneur de lettres aussi.
Il a publié un volume de vers, Le Temps d'Amour ; un roman précieux, V Imagerie aux Chimères ; un peu banal recueil de folklore, Terroirs Mauge:>, le plus littéraire et l'un des plus précieux ouvrages de cette nature; enfin, sous form'e de roman, un volume intitulé Le Mal Joli, d'une extrême originalité, où abondent des notations de paysages, des rappels charmants de folklore, de subtiles analyses d'âme, des morceaux d'existence si intensément rendus qu'on soupçonne l'auteur de les avoir vécus lui-même, et d'avoir mêlé à la fiction de ce livre aimable et prenant un peu d'autobiographie ; il est du reste impossible d'analyser sans le trahir ce volume de près de cinq cents pages, où Ton prend un plaisir étonnamment varié.
Poète lyrique au charme délicat, passionné et douloureux souvent, Henry Cormeau nous livre, ce semble, le secret de son âme insatis-
faite dans ce sonnet préliminaire qu'il a mis en tête de son Temps d* Amour :