ORGUEIL
Ainsi que de blancs vols de cygnes
Qui volent dans Vazur par delà les hauteurs
Sans creuser de sillages.
D'un rythme aérien, splendides et légers, Les blancs nuages vont au-dessus des clochers.
Au-dessus des villages.
Je les suis du regard, esclave humilié.
Ainsi qu^un chien qui dort, au bout de mon soulier
Une ombre est là, couchée.
Oh ! Comme je la hais de ramper en tremblant. Là-bas, si loin du beau cortège étincelant,
A ma trace attachée !...
Mais toi du moins, ô ma Pensée, évade-toi ! Suis les blancs pèlerins ! Fais éclater le toit
De ta niche obsédante!
Et d'un seul jet vermeil, vers l'inconnu, vers Dieu, Va te planter, vibrante, au centre du ciel bleu.
Comme une flèche ardejite !
Depuis la parution des Refuses, Alfred Coupel, hanté sans doute par le titre de son recueil, s'est réfugié, en philosophe, dans ce petit manoir de La Haie-Longue qui vit ses jeunes années ; parmi le calme enclos d'un jardin embroussaillé qui descend de terrasse en terrasse jusqu'au Louet — où il court, dès potron-minette, relever ses nasses, car il est grand pécheur devant l'Eternel, — le Poète a retrouvé ses
amies les Bêtes et ses amies les Fleurs ; il fait dialoguer le vieux jardinier avec la Bête-à-Bon-Dieu — ô la jolie saynète pour un théâtre d'enfants, que cette pièce qu'il me confia, inédite encore, et malheureusement trop importante pour trouver place ici ! Il élève au milieu des fleurs une autre petite fleur blonde et rose, et, dans la douceur intime d'un foyer heureux, prépare sans se hâter un nouveau volume de vers, dont ce sonnet virgilien est une primeur :