FANTOME ROYAL
Van mil quatre cent huit, seizième de janvier
Naquit, par volonté divine,
Uillustrateur et F héritier
Des vertus de l'âme angevine.
Amour le sut bercer dans ses bras étourdis,
L'Art le charma dès son jeune âge.
Il fit sur terre un beau voyage
Avant que d'être en Paradis.
Passant, quand tu verras les caresses du Loire, Flatter la poupe des voiliers.
Songe que ses grands flots d'azur portent la gloire Du plus parfait des chevaliers ;
Que la flotte angevine appareille, essaim rose D'ailes qui s^enflent au soleil,
Que le bon roi René, prince d'apothéose, Epand son prestige vermeil ;
Que Vété berce au doux babillage des rêves Son cœur tendre et ses yeux ravis, Et que la reine Jeanne et que Vor fin des grèves Inspirent ses joyeux devis ;
Que l'étendard fleur delysé gène les arches Du vieux pont de bois, étonné,
Et que des mendiants, sublimes patriarches, Suivent l'étoile de René ;
Que des juifs, des lépreux, des fous et des poètes, Gloire de son règne incertain.
Accompagnent le bruit magique de ses fêtes Vers l'azur du pays latin.
Van mil quatre cent huit, seizième de janvier. Naquit, par volonté divine Villustrateur et Vhéritier Des vertus de Vâme angevine.
Amour le sut bercer daris ses bras étourdis, L'Art le charma dès son jeune âge, Il fit sur terre un beau voyage Avant que d'être en Paradis.
Guillaume CARANTEC 59
Avant que d'être « en Paradis », le Roi René, trahi et abandonné par les Puissants du Monde, mais adoré des Humbles, adressait à son neveu et successeur Charles d'Anjou cette belle parole qui résume toute sa vie : « AimcT^ vos pépies comme je les ai aimés ». Il fit une fin douloureuse et sereine à la fois, que Carantec a traduite en un acte en vers heureusement intitulé : Vitrail ; c'est bien un vitrail, en eifet, où le Poète nous semble, dans l'encadrement de quelque ogive fleuronnée^ comme l'un de ces pieux donateurs dont l'effigie agenouillée sourit doucement, les mains jointes, au bas de la verrière oii s'irradie l'apothéose de leur saint Patron.
BIBLIOGRAPHIE. — Les Prémices, poèmes, Paris, Sansot, 1905. — Le Roi Mort «Vitrail », en un acte, Paris, éd. des Argonautes, 1908. — Le Roi René, monographie, éd. de l'Angevin de Paris, 1912. — Gestes et Dires du Bon Roi René, Paris, Crès, 191 4.
Alfred COUPEL
C'est au tour, maintenant, d'un de nos plus charmants Poètes : Né à Saint- Aubin-de-Luigné en 1875, Alfred Coupel, Docteur en Droit et Avocat, publiait en 1902 un premier volume de vers, « VEnclos Fleuri », 011 déjà se faisait jour un talent tout de charme et d'élégance ; en 1906 il fut lauréat d'un concours du Journal. Par trois fois, en 1909, 1910 et 191 4, l'Institut le couronna, en compagnie d'E. Roussel. En 19 10, il publiait un nouveau volume. Les Refuges, dans lequel j'ai choisi, avec le regret de ne pouvoir tout prendre, ce croquis du « Jardin des Plantes », où la fantaisie du Poète a fait aborder l'Arche de Noé :
Le vieux Noé prit la godille Et suivit roiseau du Seigneur, En bénissant Dieu dans son cœur De sauver sa grande famille.
Le radeau paisible flotta Pendant sept jours à la dérive.
Puis Noé vit enfin la rive Oit Dieu voulait qu'il abordât.
C'était au bord d'un vaste fleuve,
Près des entrepôts de Bercy.
Il jeta r ancre et dit : « Merci,
Seigneur, qui m'abrégeas l'épreuve !... »
Puis, les espèces pullulantes
Rompirent leurs frêles liens,
Oest ainsi qu'aux temps diluviens
Noé fit le Jardin des Plantes.
Les bleus matins d'été, les Bêtes, Par bonds, par cris, à coups de becs.
Se font mille salamalecs.
Quelle aubaine pour les poètes !
Près d'un gras canard patapouf Se prélasse la riche autruche.
Volubile, dame Perruche Rit de la Grue en waterproof.
Tout près, sur sa guibolle étique^ Poudreux et chauve, un Marabout Péniblement met bout à bout Quelques chapitres d'une éthique.
Dans Vor flamboyant de ses plumes Le Faisan drape son orgueil.
Et le PorC'épic, sur son seuil.
Compte son lot de porte-plumes.
Quelques cailloux et trois bûchettes Font aux Chamois un site alpin ; Sur le tronc rugueux d'un sapin Les Mouflons sèchent leurs m^anchettes.
Le Dain joue à crotte-menu
Alfred COUPEL 65
Il n'est pas inutile de faire remarquer que ces vers étaient écrits avant Chantecler, et qu'Edmond Rostand n'eut le monopole, ni des études d'animaux — toute l'œuvre de Coupel en fourmille — ni des jeux de mots les plus cliquetants ; j'ajouterai qu'Alfred Coupel, s'il en connaît le secret, sait en user discrètement, et voici, dans une note toute différente, un poème d'une haute et sereine inspiration :