MARC LECLERC
D'AVJOVRD'HVl
£^jSjsa.ijS .i^rxt:laolog:icit:te(S
MVRVS
Société des Artistes Angevins
PARIS PAUL LEFEBVRE, LIBRAIRE-ÉDITEU 77, Rue de Rennes (6^)
smoc^
Reproduction interdite aux Journaux non abonnés à la Société des Gens de Lettres
3 foi
Les Lettres Angevines
J'ai eu ailleurs (*) l'occasion d'évoquer l'opinion du savant Dom ÎLiron dans sa « Bibliothèque d'Anjou », sur les qualités d'esprit [•qu'ont naturellement nos Compatriotes : Notre Pays riant et facile, s'il n'a pas produit beaucoup de grands génies — la vie, sans doute, y [•est trop facile et peu propre à former des caractères vigoureux — est [•en revanche, et depuis des siècles, fertile en talents de tous ordres. 'La seule liste des noms de nos écrivains dépasserait en longueur le :adre de cette étude, bornée à l'heure oii nous vivons. Et encore F;ai-je dû, sacrifice dont je m'excuse et que j'ai à cœur de réparer [■aussitôt que l'occasion s'en présentera, ne m'occuper pour l'instant [que de nos Poètes.
Qu'il me soit permis toutefois, avant de parler d'eux, bien trop jbrièvement et rapidement, hélas, car plus d'un à lui seul mériterait me étude spéciale, de saluer des noms dont à l'heure actuelle s'honore :1a littérature angevine :
M\'" Mathilde Alanic, romancière dont l'œuvre, considérable, [4:onnaît un mérité succès; H. Baguenier-Desormeaux, historien de la [Vendée ; Marcel Batilliat, que des romans comme « Versailles-auxïFantônies » ou la « Vendée aux Genêts » ont classé parmi les écrivains \ts plus vigoureux de sa génération ; André Battut-Clemenceau, [chroniqueur alerte ; Pierre Billaud, l'auteur du délicieux et trop peu Iconnu « Griche-Midi » ; Jean de la Brète, romancière estimée et justement populaire ; Roland Charmy, romancier et conteur dont la
(*) • « L'Anjou qui Chante » fLa Bonne Chanson, Avril 1911).
place au soleil grandit chaque jour ; Claude Chauvière, qui, après nous avoir donné comme prémices de son talent un original livre de « pensées », s'est depuis fait un heureux renom de romancière ; Henry Coûtant qui, dans les loisirs rares de son absorbante profession de journaliste, a écrit plusieurs romans et nouvelles, et des livres documentaires qui font autorité, tel son « Palais-Bourbon » ; Curnonsky — de son nom angevin Maurice Saillant — l'incomparable fantaisiste qui, rival de Brillât-Savarin, vient d'entreprendre autour de la « France Gastronomique » un voyage plein d'enseignements, dont le précieux témoignage, en une série de volumes coquets, sert admirablement le tourisme national; Gustave Doussain, l'auteur de « Castel-Pépère », un humoristique roman de guerre ; André Godard, romancier et sociologue, de haute valeur littéraire et philosophique ; Pierre Gourdon, conteur de la Vendée Angevine ; Charles Legras, écrivain bilingue, collaborateur à la fois de journaux anglais et français, auteur d'intéressantes études linguistiques, littéraires, ou politiques, sur nos voisins d'Outre-Manche, en même temps que d'un intéressant recueil de nouvelles, « La Grande Attente » ; Charles Leroux-Cesbron, pastelliste délicat et romancier du Pays Saumurois ; Félix Lorin, historien de Rambouillet ; Yann Morvran-Goblet, dont les cours et les études sur l'Irlande font autorité, et qui \ient de publier sous le titre de « L'Irlande dans la Crise Universelle » un livre définitif ; René Onillon, conteur angevin, traducteur des auteurs russes et collaborateur de A. J. Verrier au « Glossaire Etymologique » ; Mgr Henri Pasquier, fondateur et directeur de l'école Saint-Aubin, non seulement érudit et ami des arts, mais fin lettré qui a publié de pittoresques notes de voyages ; André Pavie, romancier et chroniqueur, dont les articles dans les grands quotidiens sont justement remarqués ; M"® Yvonne de Romain, écrivain de haute culture morale et littéraire, qui porte noblement un noble nom, et chez qui un livre récent, « Les Destins éminents de la France », dénote de rares qualités de pensée et une remarquable érudition ; M. le Chanoine Ch. Urseau, archéologue averti, qui joint le sens d'un artiste à la science d'un historien, et dont un ouvrage capital sur
« La Peinture en Anjou >;, eût mérité, s'il n'y eût déjà d'autres titres, la distinction qui vient de lui être décernée ; M°»« Colette Yver, dont les romans affirment une rare personnalité; d'autres encore que j'oublie, et je m'en excuse, comme j'en oublierai d'autres dans l'étude qui va suivre.
Et je ne veux pas terminer cette liste des Vivants sans adresser un adieu à ceux qui viennent de nous quitter : Mon vénéré Maître et ami A. J. Verrier, auteur avec R. Onillon de ce « Glossaire Etymologique des Patois et Parlers de l'Anjou », monument précieux de la vie populaire angevine ; Joseph Denais, fondateur du Musée de Beaufort, journaliste, archéologue, historien et écrivain d'une telle puissance de labeur, que sa seule bibliographie emplit à demi le volume que lui a consacré M. E. G. Ledos'; tous deux ne furent pas seulement de bons écrivains, mais aussi de bons angevins, et leur mémoire nous doit être particulièrement chère, ainsi que celle du bon et charmant DuQUESNE, le grand acteur, Poète lui-même à ses heures, qui fut pour nos écrivains l'interprète idéal, généreusement dévoué, et qui, acclamé sur les plus grandes scènes, acceptait les cadres les plus humbles et les corvées les plus fatigantes, tout en donnant à ses camarades angevins le meilleur de son magnifique talent.
Ce devoir accompli, j'entre dans le sujet de cette étude ; j'ai l'avantage de connaître tous nos Poètes, la plupart même assez intimement, car tous, ou presque, font partie de cette Société des Artistes Angevins qu'Henry Coûtant, après le regretté Louis Vétault, groupa autour de la bannière de L'Angevin de Paris, auquel presque tous collaborèrent fraternellement.
Paul PIONIS
Notre Doyen, Louis-Guillaume-Florent PAPIN, en littérature : Paul PIONIS, est né le 27 février 1848 à Baugé, où son père exerça longtemps les fonctions de Maire ; il fit ses études au lycée d'Angers, puis comme d'autres, subit l'attirance de la Grand'Ville ; il aurait pu s'y faire une place et un nom, car le succès y couronnait ses recueils de nouvelles, tels que « A la Volée » ou « A la Pointe de la Plume », mais comme Du Bellay à Rome, le souvenir de son Anjou lui tenait au cœur et, en 1903, après avoir publié ce volume des « Coiffes Angevines » qui le classe parmi les meilleurs Poètes du Terroir, Paul Pionis revenait se fixer dans son Baugeois natal, en cet ermitage de Bois- Commeau, près de Clefs, dont il n'a plus bougé. Droit et vert comme les pins qui l'entourent, ce Sylvain barbu a gardé malgré ses soixantetreize printemps une âme fraîche et vibrante que bien des jeunes pourraient lui envier, et, si, depuis 1902, nul volume de lui n'a paru chez les libraires, il n'a cependant pas cessé d'écrire d'alertes poésies, éparses çà-et-là, et que nous espérons voir bientôt réunies en un nouveau recueil.
Je ne crois pas toutefois qu'aucune de ces œuvres lui vaille jamais autant de juste notoriété que les « Coiffes Angevines » : Albert Grimaud dans « La Race et le Terroir », Van-Bever dans « Les Poètes du Terroir », Charles Fuster dans les «Poètes de Clocher», Gausseron dans la « Revue des Poètes», bien d'autres encore dans les quotidiens et les revues ont rendu grâce à ce volume si doucement imprégné de la bonne odeur de la Terre ; on a si souvent cité la pièce liminaire qui lui a donné son titre que, plutôt que ce morceau classique, nous relirons
12 Paul PIONIS
une poésie où s'affirme harmonieusement la nostalgie du poète en son exil parisien :