‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 106 sur 123 · ORAISON EN FORME DE BALLADE · texte numérisé non relu

ORAISON EN FORME DE BALLADE

Mou Dieu Jésus duquel void la figure

Mon triste cueur de ses spirituelz yeulx,

Ayes inercy de moy, ta créature,

Pour qui souffrit ton corps très glorieux.

N*endure pas que ton sang precieulx

Soit espandu sans que sau(é me donne,

Mon rédempteur soyes moy gracieux

Et si jadis j'ay esté vicieux

Par celle mort qu'as souffert me pardonne.

Je suis celuy qu'ay mis toute ma cure A tout mal faire en ces terr'estres lieux, Mais j'ay espoir en ta honte trespure Qui est en toy régnant la haull es cieulx, Et que tu n'es vers celuy furieux Qui après vice a bien faire s'adonne, Pour co Seigneur (si je fuz curieuz D'estre envers toy fol et injurieux) Par celle mort qu'a souffert me pardonne.

Paresse, orgueil, gloutonnie, et luxure J'ay assemblé contre toy, Dieu des dieux, Par yre, aussi, t'ay faict souvent injure Et sur aullruy ay esté envieux.

Semblablement comme homme ambitieux En avarice ay souillé ma personne, Sans contempler tes biens délicieux. Mais nonobstant ces crimes périlleux Par celle mort qu'as souffeit me pardonne.

EOSTORO DB BBAULIBU 357

Prince sans per, je ne merile mieulx Qu'estre damné comme ta loy ordonne Yeu mes péchez .et cas deffectueui Mais, je te pry, de cueur afFeclueux Par celle mort qu'as soufTerl me pardonne.

{Les divers rapports, i 544,)

pu BARTAS

Le pins fl romantique, » an pire sens du terme, de tous les poèt-es de son siècle, Guillaume de Salluste (Seigneur du Bartas), fils d*un Trésorier de France, naquit à Montfort, à quelques lieues de sa terre du Bartas, dans la Gascogne. Il fut Gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi de Navarre, depuis Henri IV.

Du Bartas, élevé dans les exercices militaires, se distingua tout h la fois comme négociateur, comme capitaine et comme poète. Sa poésie, il faut le dire, se ressentit de ses multiples occupations, et quoi qu'il fit, il ne parvint ja<mais h être un écrivain correct et élégant. C'était, — sa rudesse et son imperfection en témoignent, — une sorte de génie vulgaire et fort confus.

Il servit dans la cavalerie et commanda une compagnie sous le maréchal do Matignon, gouverneur de sa province. Le Béarnais l'employa pour ses affaires, près de Jacques VI, roi d'Ecosse, et il faillit demeurer en Angleterre, où ce prince tenta de se l'attacher. Il mourut, suivant les uns, en 151^0, et, selon les autres, en 1591.

Je ne sais s'il consacra tous ses loisirs à l'entretien et au commerce des belles-lettres, mais il est h peu près sûr qu'il n'employa pas toujours honnêtement son temps, car ces deux poèmes la Semaine (1) et la Seconde Semaine (2)

(1) La Semaine ou Création du Monde de Guillaume de Saluste^ seigneur du Bartax, revue et corrigée par Vauteur^ avec comm,entaire, argum,ent et annotation par Simon Gaulard de Senlis, etc. A Paris, Michel Gadouleau. 1583, in 4*.

(2) La seconde semaine ou Enfance du Monde, Anvers, Jacques Henric, 1584, ln-4o, et Paris, h l'Olivier do P. L'flulUier, 1584, in-4».

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