CHANT ROYAL SUR LA MISERE DV CORPS HUMAIN
Le corps humain par nalure produit Qui est formé de 1res ville maliere Avant qu'il soit eh ce monde introduit Il est neuf moys en infaicte leliere, Puis il sort hors, sans foy qui soit entière En gémissant et plorant tendrement El qui pis est subject à damnement S'il ne pouvoit le sainct baptesme aclendre Pour le péché d*Adam premier parent.
C'est grant misère à qui le scet entendre.
Cest enfançon nourriture poursuit En attendant la mamelle à sa mère, De son manger toute douleur ensuit Car il ne Fa qu'en clameur très amere, Et du surplus ce n*est qu'une chimère Qui ne joist de son entendement Ju[squ]'à quinze ans n'a soucy proprement Et toutefToiz il craint la verge tendre, Si joye il a deul a consequemmcnt.
C'est grant misère à qui le scet enlendrc.
Sur les quinze ans il veut prendre déduit Et passe-temps en joieuse manière Mais l'argent fault qui est le sauf-conduit Des gaudisseurs, et d'amors la banière
38 POÀTBS CHRiriKNS DU XVl^ SliCGLB
Par quoy douleur cest horde pautonniere Navre le cueur de ce foui lourdement Car il ne peut sans argent bonnement Avoir la chose a laquelle il veut tendre Et du courroux il prend fmablement.
C'est granl misère à qui le scet entendre.
Puis à trente ans commence à faire fruict, En reculant folle jeunesse arrière.
A quarante ans s'il peut il acquiert bruit Et bon renom sans demourer derrière, En ce faisant treuve mainte barrière Qui de douleur luy donne abondamment, L'ung luy fait guerre et l'autre du tormenl, Et nuict et jour on luy veoit peine prendre S'il gaingne il perd voire soudainement.
Cest grant misère à qui le scet entendre.
A soixante ans qu'il est en meurs instruict ; Vieillesse vient qui santé luy enchère Décrépitude, après, son corps deslruict ; Aller ne peut et ne vit qu'^ renchere, La mort le prend et son amc tant chère Se part du corps en deul piteusement :
Le corps pourrist et l'ame en jugement Va devant Dieu de ses maulx compte rendre.
Pour de bien prendre ou du mal payement C'est grant misère à qui le scet entendre.
Prince pensons que dès rassemblement
De l'ame au corps jusqu'au difflnement
Les maulx avons plus qu'on ne peut comprendre
Et ne sçavons qui aura saulvement.
C'est grant misère à qui le scet entendre.
iKXn BOUCllBT
CHANT ROYAL EN DYALOGUÊ CONTHE LES VICBS
Que faiz«tu compaÎDg ? Je gémis.
Et quoy f Noslre mal et jaoture.
Dont vient cela ? Mon oueur j'ay mis A plorer la malle advenlure.
De qui ? De mainte créature Qui par son pèche périra.
Qui le dit? La sainte escripture* Mauldit soit-il qui en rira.
Il n*est aujourd'huy plus d'amys Mais trahiaon souli couverture ; Tant de vilains cas sont commis»
Tant il y a de forfaicture, Avarice donne ouverture A péché dont Dieu grant ire a ; On ne prétend rien par droicture.
Mauldit soit-il qui en rira.
Orgueil règne avec ses commis.
Qui après luy? Salle luxure.
Blasphèmes sont partout permis, On ne preste pluk qu'a usure.
Qu'en adviendra-[t]-il7 Chose sure C'est que Dieu nous desconfira.
Comment cela? Par raison pure.
Mauldit soit-il qui en rira.
Et 011 est foy ? Entre cnnemys.
Loyaulté 7 s[o]ufTre peine dure.
Justice est entre loups famis.
Que fait droit? Par barat (1) endure.
(i) Tromperie.
40 POÂTTBS CHRETIENS DU XVI* êlÈCLS
Qu'en dy-tu ? Je dy que s'il dure Dieu de brief nous en pugnira Il n*esl pas beau mais [c'est] laidure.
Mauldit soil-il qui en rira.
Dieu tant de fois nous a remis.
Quoy? Nostre offence et son injure
Et nous sommes tant endormis
A bien ra[i]mer parce je jure
Que j'ay grant peur qu'il nous conjure,
Et que nostre cas mal ira
Gh[a]scun ment, ch[a]scun se perjure,
Mauldit soit-il qui en rira.
Prince, je doubte que nature Par noz maulx de brief finira, On n'a[i]me Dieu ne sa facture Mauldit soit-il qui en rira.
BALLADE COiNTRE CEULX QUI ESLIEVENT LES PESCHEURS
Pourquoy es[l-ce] que maintes gens Qui ont tant de science acquise Se trouvent souvent indigens, Et non vaillant d'une chemise 7 Mais dont vient cette cornardise Que quelque folaslre milourt Treuve pain, vin et nappe mise? C'est la façon du temps qui court.
Pourquoy docteurs, maistres regens Ne sont plus pourveuz en l'Eglise?
JEAN BOUCUBT 41
Pourquoy ni[ecreanls] emergens Ont tant de biens ? E[sl-ce] la guise ?
Pourquoy flateurs p)[e]ins de f[e]inlise Gouvernent les seigneurs de court?
Pourquoy clercs ne sont plus de mise ?
C'est la façon du temps qui court.
Pourquoy à gens tant negligens Et pervers police est commise ?
Pourquoy larrons, pillars sergens Ont de justice l'entreprise ?
Pourquoy symonie est permise ?
Pourquoy barat marche si gourt?
Pourquoy le monde se desguise ?
C'est la façon du temps qui court.
Prince, si folie est admise , Et vertu tenue de court, S'il ne règne que paillardise, C'est la façon du temps qui court.