‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 21 sur 123 · EPITAPHE DE FRANÇOIS RIGUAUD · texte numérisé non relu

EPITAPHE DE FRANÇOIS RIGUAUD

Mort qui Tesprit viens osier de prison,

Pour à jamais au Ciel le faire vivre :

Tu n'es pas Ûel, alulne, ou poison,

Gonnme de loy est escrit en maint livre.

Tu est benine, et mérites le suivre

Sans crainte aucune, ô mort, entens mon dire,

Depuis que Tame au ciel tu fais reluire

Que morte estoit : plus juste est donq Tenvie

De vivre au Ciel, bien que la chair empire,

Qu'estre icy mort en un corps plein de vie.

Qu'eslre icy mort en un corps plein de vie,

Plus grand malheur en nous ne pourroit estre;

C'est le péché qui laisser nous convie

L'aise et le bien que Dieu nous fait congnoistre.

Voilà comment l'esprit vient changer d'estre,

Car luy vivant péché le mortifie :

Et ne fault point que de vivre se lie

Sans trespasser (de ce j'en suis recors),

Donques suivons la mort qui vivifie

L'esprit mourant, par la mort de ce corps.

L'esprit mourant, par la mort de ce corps, Vient à ce mort une autre vie acquerre : Parquoi du monde il vault mieux que soit hors Qu'estre icy vif, et posséder grand terre :

b6ringbr db la tour

Gongnoissant donq que l'on y vit en guerre.

Et que la foy et amour y default :

Arrestons Peau, que l'œil rend pourRiguaud, Et délaissons noslre mélancolie :

Car de grand aise, il se moque la hault, En estimant noz regrets à folie.

Page 1