‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 22 sur 123 · CHANT ROYAL DE JESUS-CHRIST ET DE LA VIERGE MARIE · texte numérisé non relu

CHANT ROYAL DE JESUS-CHRIST ET DE LA VIERGE MARIE

Jadis on vid sur les monts de Judée

(Monts consacrez au céleste facteur)

Une brebis en pureté fondée

L'herbe paissant souz un divin Pasteur.

Moult belle estoitet de grâces remplie,

Des haults secrets, et faveurs accomplie.

Tant qu'un chacun, la voyant, s'estonnoit :

Puis une voix qui du ciel provenoit,

Notifia à h machine ronde,

Que d'elle un jour, produire, convenoit

L'agneau mourant pour le salut du monde.

De sa beauté naïve et non fardée Le naturant fut principal autheur; Dont tache aucune onq ne Ta abordée Car de son œuvre il est conservateur.

Blancheur avoit sa toison assaillie :

De ses thresors elle esloit ennoblie :

Simple de cœur tousjours se maintenoit, Dont en tous lieux, ceste brebis féconde, D'avoir en soy, capable on estimoit L'agneau mourant pour le salut du monde

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Ea son pasUi divinemeqt gardée Elle engendra son mesme géniteur Sans masle aucun : donl fut plus regardée, Chacun estant du fait admirateur.

Et ce que plus la nature esjouie, Cest la Trompette, au grand désert ouïe, Dont le haultson, terre et ciel entendoit:

Et très contente, en esprit la rendoit Lors que luy dist, tille ou tout vice abonde. Il esticy (en te monstrautau doit) L'agneau mourant pour le salut du monde.

Bien tost après Envie outrecuidée,

Vint assaillir l'Agneau plein de douceur :

Et de le vendre elle s*est hasardée,

Au grand boucher, de tout bien oppresseur ;

Qui a gros n[œ]udz estroitement le lie,

Ce neantmoins son chef il humilie,

Vers le tyran qui ainsi le menoit :

Coups infinis sus les reins luy donnoit,

S:ins toulesfois qu'il se plaigne ou qu'il gronde :

C^est le grand faix que pour nous soustenoit

L'agneau mourant pour le salut du monde.

Soudain que fut la sentence vuidée.

Pour le meurtrir: voicy l'exécuteur Qui rudement h sa chair pelandée, Sans estre en rien de ses os infracleur :

Nature sent, du cœpr, mélancolie ; Et toutesfois ses tristesses oublie, Car en esprit, constamment elle croit, Bien que tel fruit, on sache en cet endroit, Le souzmeltant à mort trop furibonde :

Qu'au mont Sion un jour, apparestroit L'agneau mourant pour le salut du monde.

BÉRBNGiER DlC LA. TOUR 71

Prince, mon cœur pour cet agneau conçoit Christ le Sauveur : Saint Jean qui le prévoit Est la trompette : et la Vierge très monde Fut la brebis, qui en son venlre avoil L'agneau mourant pour le salut du monde.

{Le siècle d'or, i55î.)

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