MELIN DE SAINT. GELAIS
L'an des derniers et des pins illnstres représentants de cette poésie de conr qui florissait sons les derniers Valois, Melin de Saint-Gelais naquit en Angoumois, le 3 novembre 1487. Bien qu'un mystère entoure encore sa naissance, on sait qu'il était lié par d'intimes liens du sang avec Monseigneur d*Angouléme, Octavien de Saint- Gelais. On allait môme jusqu'à prétendre que, bAtard de ce dernier, il avait vu le jour trois ans avant que son père renonç&t h la vie mondaine. Il reçut de bonne heure une de ces fortes et brillantes éducations comme on en donnait alors h ceux que la fortune ou le rang favorisait.
Après avoir fait son droit & Poitiers et séjourné dans les Universités italiennes de Bologne et de Padoue, il vint h Paris et fut de la suite de gentilshommes, de savants et d'artistes que la libéralité de François !«' entretint. Son plus intime ami était Clément Marot ; il ne cessa de lui être fidèle, même lorsque ce dernier connut des Jours d'infortune. Son origine et le séjour qu'il avait fait an delà des Alpes, avaient décidé de son génie, sinon de sa carrière. Un goût très vif pour la poésie enjouée, une particulière tendance à la raillerie fixa son originalité. Il connut tout à la fois les succès féminins et les bonnes grâces du roi quoiqu'il fit plus, pour les acquérir, que de montrer de l'esprit et du naturel. D'aucuns le dirent courtisan. Comment ne l'eût -il point été par inclination antant que par besoin. François !«' lui doit de passer à nos yeux pour un lettré et un poète, car il alimentait sacuriosité et corrigeait ses vera. n en tirait d'ailleurs
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d*appréciables avantages. Bienheureux temps où il suffisait de placer à propos un dizain pour recevoir, en retour, de la munificence royale le don d'une abbaye.
En 1544, notre poète, grassement pensionné, comblé de charges et d'honneur, inventoriait les Bibliothèc^ues de Blois et de Fontainebleau. N'était-il point l'homme universel 1 Sa réputation d'écrivain spirituel ne nuisait en rien à son influence de savant. Il était bon musicien et savait aooompagDor au Inth las gracieux vers de sa composition. Vers la. fin de sa vie, son astre faiblit. Le crépuscule de sa gloire s'assombrit devant les fastes d'une nouvelle école. La Pléiade montait. Il essaya de réagir contre les nouveaux venus. Son crédit s'en ressentit et, comme il était le plus avisé des poètes, il fit la paix. Il ne resta de son choc avec le pins redontabie des advenairee, c M. de Ronsard « eomme on disait alors, que le témoignaf^ de petits vers acerbes et de menus propos aiguisés par nii entourage hostile. Son temps était passé.
il monrvt au mois d'octobre 1559, et Olivier de Magny, qui ne fnt point toujours son ami, déplora sa perte dans une de ses Odes publiée en 1559.
Ronsard qui avait éprouvé la pointe de ses épigrammes fat un de ceux qui U regrettèrent davantage. Depuis longtemps, il n'avait plus rien h craindre de « la tenaille » de Melin. Les poésies de noire auteur parurent en 1547 (1), en 1574 (2) et forent maintes fols réimprimées. Les meillenres éditions sont sans uni doute celles qui parurent en 1719, par les soins do libraire Goustelier, et en 1873, grAee & Féradit coneours de MM. Emm. Philippes-BeauUenx, R. Deselmeris et Prosper Blanchemalo O).
11 semblera sans doute singulier à quelques bonnes ftmes de trouver ehes Melin, — parmi tant de pièces qni,
(1) Lyoni Pierre de Tours, 1547. in-8«>.
(2) Lyon, Antoine de Harsv 1574, in-8o.
(3) Œuvres comptâtes de Melin de Sainot Gelais avec un commentaire inédit de B. de la Monnoye, des remarques de MUi, Emm. Philippes-BeauUeux, H. DeseimeriSf ete. Ed, revue annotée et publiée par Pros-
rr Blanehemain, Paris, Paul Daliis, MDGGCLXXIU Y0ltt||ie9 iU-12.
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selon Sainte-Beuve» ne s'éloignent de l'esprit marotique \ que pour faire pressentir le tour précieux du xvne siècle — des poésies sincèrement édifiantes. î
Elles sont là comme pour faire passer les hardiesses et les gauloiseries d'un temps où le franc-parler ne nuisait en rien aux pratiques de la dévotion.