‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 42 sur 123 · GUI DU FAUR DB PIDRAG · texte numérisé non relu

GUI DU FAUR DB PIDRAG

Ce que tu vois de l'homme n'est pas l'homme ;

C'est la prison où il est enferré,

C*est le tomheau où il est enserré,

Le liol branlanl où il dort un court somme.

Recognoy donc homme, Ion origine. Kl brave el haut dédaigne ces bas lieux.

Puis que fleurir lu dois la haul es cieux, Et que tu es une plante divine.

L'oiseleur caul se sert du doulx ramage Des oysillons, el contrefait leur chant :

Aussi, pour mieux décevoir le meschant, Des gens de bien» imite le langage.

Fay poids esgal, el loyale mesure, Quand tu devrois de nul eslre apperçeu :

Mais le plaisir que tu auras reçeu Rens-le tousjours avecqnes quelque usure.

126 POÈTBa CHIliTiaNB du XVI^ aiJBCLB

YIII

L'homme de sang te soit lowsjours en hayne; Hue sur luy comme fait le berger Numidien sur le Tygre léger, Quy voit de loing ensunglauler la plaine.

Aie de toy plus que des autres bonle, Nul plus que toy, par loy n*est ofTensô :

Tu dois premier! si bien y as pensé, Rendre de toy, à loy-roesme le comple.

Plus n'embrasser que Ton ne peut eslraindre Aux grands honneurs convoiteux n'aspirer { User des biens, el ne les désirer ; Ne souhaiter la mort» et ne la craindre ;

À l'envieux nul toutmentje n'ordootie; 11 est de floy le luge et le bourreau ; fx ce fui ono de Denis le Tereau Suppliée iel, que eeluy qu'il se donnei

OUI DU PÀUB OB PIBRAO )S7

KII

Pour bien au vif peindre la Calomnie, Il la faudroit peindre quand on la sdUt ; Qui, par bon h6Ur, d'elle ne se ressent, Croire nd peult qu'elle esl oeste furie,.

Elle ne faict en Tair sa résidence, Ni soubs les eaux, ni au profond des bois Sa maison est aux oreilles des Roys, D*où elle brave et flestrit Tinnocence.

Quand une fois ce monstre nous attache.

Il sçait si bien ses cordillons nouer, Que bien qu'on puisse enfln les desnouer, Restent tousjours les marques de rattache^

Juge, ne donne en ta cause sentence ; (Chacun se trompe en son fàict aisément :

Nostre inlerest force le jugement, Et d'un costé faict pencher la balancée

128 POÈTBS CHRÉTISN8 DU XVI* SliSGLB

La Loy, soubs qui TEstat sa force a prise, Garde-la bien, pour grosse qu*elle soit :

Le bonheur vient d'où Ton ne s'aperçoit, Et bien souvent de ce que l'on mesprise.

Croire léger, et soudain se résoudre; Ne discerner les amis des flaleurs :

Jeune conseil, et nouveaux serviteurs, Ont mis souvent les hauts eslats en poudre.

Ry, si tu veux, un ris de Démocrilo, i

Puisque le monde est pure vanité ; i

Mais quelquefois, louché d'humanité, !

Pleure noz maux des larmes d'Heraclite. '

j XIX J

Ne voise (1) au bal, qui n'aymcra la danse ; Ny au banquet, qui ne voudra manger; Ny sur la mer, qui craindra le danger ; Ny à la Cour, qui dira ce qu'il pense.

(1) Ne voise, n'aille.

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