‹ Poètes chrétiens du XVIe siècle: textes choisisChapitre 46 sur 123 · PIERRE DB RONSARD · texte numérisé non relu

PIERRE DB RONSARD

palais, de ee Loavre où il comptera tant d*appais. II ne servira la cause de ses protecteurs que par son Verbe éloquent. Il ne demandera, en retour, que quelque bénéfice, une retraite sûre, mais digne de son mérite et de son nom, dans une abbaye où il apprendra la résignation et s'exercera ea de pieuses pratiques. Loin des rumeurs du monde, des éclats d'une Cour où son nom gardera quelque grandeur, h côté des plus grands, il méconnaîtra la richesse et méprisera les fastes de la gloire. Son œuvre sera morale autant qu'intellectuelle. Il ignorera l'injure qui atteint l'individu, mais il ripostera h la calomnie qui n'épargne pas une croyance. 11 connaîtra la mission de défendre son Dieu et sa foi, et il acquerra, en combattant pour l'un et pour l'autre, une notoriété qui lui fera oublier pendant quelques instants son humilité quotidienne. Il triomphera des Réformés par la beau te de ses arguments. Sa réplique à la basse dénonciation de ses ennemis sera sa plus belle, sinon la plus durable de ses œuvres.

Après cette victoire, il inclinera son front sous la croix et demandera l'absolution pour toute erreur humaine. La mort le trouvera un jour, non point résigné, mais lucide et rasséréné et, sans crainte, il rendra l'Ame en son prieuré de Saint-Cosme, le 27 décembre 1585.

Qael contraste cette fin chrétienne dans le lourd silence du cloître, et l'explosion de douleur qu'elle provoquera lorsque, par ordre du roi, un service solennel sera célébré pour le repos de son Ame.

Le repos de son Ame I — la paix d'un cœur qui ne bat plasl — Voilà ce que demandera un cardinal (1), sous forme d'oraison funèbre, comme s'il eût fallu une telle intercession pour qu'il l'obtint.

Beau titre de gloire en face de la posteritél Pf avait-il pas droit h la plus profonde des indulgences, celui qui avait poussé le désinteressement jusqu'à asservir ses moindres desseins à la cause d'un peuple et d'une croyance. Aussi bien sa foi était-elle la foi catholique tout entière, puisqu'elle n'autorisait ni examen, ni murmure. C'est lA sa pensée ; ce fut lA tonte sa vie. Communion intime de l'esprit et du dogme.

(1) Du Perron.

142 P0ÈTB8 GHRAriClffl DU XVl* 81ÈGLB

La Réforme n'avait pas seulement éveillé soh penchant & la tradition et h l'obélssanoe catholique, mais révolté son idéal d'artiste, épris des saints mystères. 11 se tût fait payen — il l'a écrit en l'un de ses discours — plutôt que d'embrasser ou d'admettre le culte nouveau. 8a fia ne démentit en rien les autres instants de sa vie. Au demeurant, il n'était point morose, mais souriant et quelquefois sentimental.

Cette abbaye de Saint-Gosme, qui garda le secret de ses suprêmes pensées, n'était rien mous qu'un liea plaisant et comparable aux images ensoleillées de son imagination.

Débarrassé du souci de l'effort littéraire, on peut croire qu'il passa Ih quelques belles heures. « Il prenoit singulier plaisir à jardiner » a écrit Claude Binet dans sa biographie si pénétrante du poète. « Il savoit, car il n'ignoroit rien, beaucoup de beaux secrets pour semer des plantes, ou pour enter et greffer en toutes sortes, et souvent en présentoit des fruits au roi Charles qui prenoit à gré tout ce qui venoit do lui... *

Les éditions de Ronsard sout nombreuses qui contiennent son pieux bagage. Celle que l'on peut consulter le plus utilement, autant pour le choix et la beauté des pièces, que pour la correction du texte, date de 1584 et fut réimprimée, avec des augmentations, par les soins de son ami Galland, pendant le cours de l'année 1587. Si elle ne garde pas toutes les fantaisies de jeunesse du poète, elle ne laisse pas, par contre, démontrer l'ampleur d'inspiration de son âge mûr.

Page 1