HYMNE DES PÈRES DE FAMILLE
A SAI.'fCT BlAlBR
Sur le chant : Te rogamus audi nos (1).
SaincI Biaise, qui vis aux cieux Gomme un ange précieux.
Si, de la terre où nous sommes, Tu entens la voix des hommes.
Recevant les vœux de tous, Je te prie, escoute-nous.
(1) « C'est an hymne rustique de bons laboureurs et villageois, qui prient Sainct Biaise, en chômant le jour de sa feste, et faisans leurs processions, d'avoir soin de leurs petites familles, leur procurer tout ce qui leur est nécessaire en leur petit mesnage, etc. {Note de Nicolas Richelel, éd. de 1623).
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446 POETES CHRÉTIBNS DU XVl^ SIÈCLB
Ce jourd'huj que nous faisons A ton autel oraisons Et processions sacrées Pour nous^ nos bleuis et nos prées.
Chantant ton hymne à genous :
Je te prie, escoute-nous...
Chasse loin de nostre chef Toute peste et tout mesehef Que Tair corrompu nous verse, Quand la main de Dieu diverse Hespand sur nous son courrous :
Je le prie, escoule-nous.
Garde nos petits troupeaux, •Laines entières et peaux, De la ronce dentelée, De tac et de clavelée, i)e morfonture (2) et de tous :
Je te prie, oscoule-nous.
Que lousjoui's accompa^^nez Soient de mastins rechignez, Le jour allant en pasture, Et la nuict en leur closture, De peur de la dent des loups :
Je le prie, escoule-nous.
Si le loup de sang ardent Prend un mouton en sa dent.
Quand du bois il sort en queste, Huant tous après la beste,
Que soudain il soit recous : \
Je te prie, escoute-nous. i
{t) Ne quid a frigore laborent (Yavron).
P^EBRB DE llpNSARD ^^^
Garde qulen aUa.pt aux champs, Les larrons qui sopt meschans, Ne desrobenl fils ne jpnere ; Garde-les de la vipère Et d'aspics au ventre rous :
Je te prie, escoule-nous.
Que ny sorciers, ny poisons N'endommagent leur toison Par parole pu par breuvage ; Qu'ils passent Tété sans rage.
Que r^ptQçpne leur soit dous :
Je te prie, escoute-nows.
Garde -nous .de (,rpp .d'ardeurs El d'e^tcessives froideurs ; Donne-nous la bonne année, Force bleds, force vinée.
Sans fièvre, rongne ne clous :
Je te prie^scoi^le-nous.
Garde nos petits Vergers Et nos jardins potagers, Nos maisons et nos familles, Enfans, et femmes, et filles, Et leur donne bons espous :
Je te prie, escoute-nous.
Gacde poulies et poussins De renards et de larcins ; Garde sauves ,nos avelles ; Qu'ils portent force fleurelles Toujours en leurs petits trous :
Je (e prie, escoute-nous.
.Fay,nai8(re force boulons Pour engraisser nos moulons, Et force fueille menue,
148 POETBS GHRiflBNS DU XVl^ S1£GL1C
Que paistla Iroupe cornue De nos chèvres et nos boucs : Je le prie, escoute-nous.
Chasse la guerre bien loin g ; Romps les armes dans le poing Du soldai qui frappe et lue Celuy qui lient la charrue, Mangeanl son bien en deux coups :
Je le prie, escoule-nous.
Que le plaideur grippe-tout, Par procès qui sont sans bout, N'enveloppe le bon homme Qui chiquanant se consomme.
Puis meurt de faim et de pous :
Je te prie, escoule-nous.
Que rimpudent usurier, Laissant Tinlerest premier, N'assemble point sans mesure Usure dessus usure, Pour ravir son petit clous :
Je le prie escoule-nous.
Garde nos petits ruisseaux De souillure de pourceaux, Naiz pour engraisser leur pance ; Pour eux tombe en abondance Le glan des chesnes secous :
Je te prie, escoule-nous.
Nos genices au printemps Ne sentent mouches ne tans, Enflent de laicl leurs mammelles ; Que pleines soient nos faiscelles (1)
(1) De fcLscioulus. Ce sont de petites nattes de paille sur
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De fourmages secs et mous :
Je le prie, escoule-nous.
Nos bouviers sans murmurer Puissent la peine endurer, Bien repeus à noslre lable ; Soient les bœufs dedans Testable Tousjours de fourrages saouls :
Je te prie, escoule-nous.
Chasse loin les paresseux ; Donne bon courage à ceux Qui travaillent, sans blesse ure De congnée et sans morseure De chiens enragez et fous :
Je te prie, escoute-nous.
Bref, garde-nous de terreurs, Et de paniques fureurs, Et d'illusion estrange, Et de feu sacré, qui mange Membres, artères et pouls :
Je te prie, escoute-nous.
Donne que ceux qui viendront Prier ton nom, et rendront A ton autel leurs offrandes, Jouissent de leurs demandes.
De tous leurs péchez absous ; Je te prie, escoute-nous.
Sainct Biaise, qui vis aux cieux Gomme un ange précieux, Si de la terre où nous sommes, Tu entens la voix des hommes, Recevant les vœux de tous, Je te prie, escoute-nous.
lesquelles on conserva les fromages, (Note de Nioolat Bichelet.)
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