JOACHIM DU BELLAY
Comme Ronsard, Joachim du Bellay fat atteint de surdité, mais je ne sache pas que ce mal ait pa avoir quelque influence sur son destin. Il s'en raille agréablement dans un Hymne qu'il adressa au chef de la Pléiade, et qui n'est, en somme, qu*un éloge travesti de cette incommodité :
Tout ce que j*ay do bon, tout ce qu'en moy je prise, C'est d'être comme toy, sans fraude et sans feintise, D*estre bon compaignon, d'estre à la bonne foy, Etd*estre, mon Ronsard, demi-sourd, comme toy...
Il était né au manoir de Turmelière, en Anjou, entre 1524 et 1525, et descendait d*une noble famille. Son éducation fut très négligée. Il fallut les loisirs — si l'on ose ainsi parler — d'une maladie longue et douloureuse pour qu'il se livr&t & l'étude des poètes grecs et latins. Il en rapporta un goût très vif pour les lettres et se prit à composer ce livre fameux \ Defenceet illustration de la langue française, qu'il fit paraître en 1549 « quand il crut que la réputation qu'il s'était déj& faite par ses poésies, lui donnait l'autorité nécessaire pour changer des règles établies et en imposer de nouvelles (1) ».
Aussi bien était-ce un esprit original que rien de l'ancienne poétique ne satisfaisait.
On connaît sa vie.
Il venait à peine de terminer son droit à Poitiers, en
(1) Catalogue des livres composant la Bibliothèque poé' ti^ue de M. Viollet le Duo. Paris, Hachette, 1843. in-89.
166 POÈTES CHRETIENS DU XVl*' SIÈCLE
1547, lorsqa*!! fit la rencontre, dans nne hôtellerie, de Pierre de Ronsard. Les deax compagnons s'en farent à Paris et ne tardèrent pas à former ce groupement illustré depuis sous le nom de la Pléiade.
Après la publication de la Defence^ qui fut en quelque sorte le manifeste de l'Ecole, du Bellay se fit connaître par des vers agréables où il célébra sous l'anagramme d'Olive une dame nommée Viole (1).
La renommée commençait & lui sourire quand il s'attacha à la fortune de son parent, le cardinal du Bellay, et en 1550, suivit ce dernier, h Rome en qualité de secrétaire et d'intendant- U ne garda pas longtemps Téblouissement de la Ville éternelle, car après l'avoir célébrée en quelques sonnets des Antiquités de Rome (2), il exhala contre elle, dans son recueil des Regrets (3), sa verve caustique et sa nostalgie d'exilé. Son séjour en Italie ne dépassa pas trois ans.
De retour en France, il connut les désillusions. On le desservit près du Cardinal, et peu après, il perdit par le départ de sa protectrice, Marguerite de France (4), l'unique appui qu*il avait h la cour. U n'en fallut pas plus pour ébranler cette nature fragile. Le souci de sa justification qu'il poursuivait devant le cardinal, et la ruine de ses espérances mondaines, lui portèrent un tel coup, provoquèrent en lui un tel chagrin, qu'il succomba peu après d'une attaque d'apoplexie, chez son compatriote Bizet, au clottre Notre-Dame.
U mourait le !«' janvier 1560, à peine A^^é de trentesix ans, laissant avec le souvenir d'une nature d'élite, une œuvre inachevée. Ses poésies ont été réunies et publiées par son ami Guillaume Aubert en 1561 (5).
Elle se compose de pièces légères — sonnets, odes et
(1) L'Olive et quelques autres œuvres poétiques^ etc. Paris, Amoul l'Angelier, 1549, in-8o.
(î) Voyez : Le Premier livre des Antiquitez de Homc,l 562.
(3) Voyes cette édition récente : Les Regrets collationnés sur la première édition {Î558), Paris, I. Liseux, 1576, petit in- 180
(A) On sait qu'elle épousait Philibert-Emmanuel, duc de Savoie. Joachim du Bellay a publié, en 1559, un Epithalame sur le mariage de cette princesse.
(5) Œuvres de /. du Bellay, etc., Paris, F. Morel» etc.
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autres pièces, parmi lesquelles figurent quelques poèmes édifiants.
Joachim du Bellay est un poète infiniment gracieux et d*un sentiment reclierché. Il occupe dans la poésie du zTi« siècle une place unique que les admirateurs de Ronsard ne sauraient lui disputer.