OPINION
Ne m'est-ce assez, helas ! puis qu'il laui commencer Par regret sur un temps plein de regrets, ma plainte, De voir par faction nouvelle injuste et feinte, L*usance antique et droite et vraye s'effacer ?
Voir tel erreur sans choix et sans pois s'embrasser Par pique, ou dol, ou foy légèrement étreinte. Et voir la foy, la loy, Tamour, la juste crainte, Presqu'avéc tout Testât des François renverser ?
Voir les champs, les citez» de leur Roy plus voisines, Pleines de sang, de feus, de vols, et de ruines, Qu'on couvre ^faus 4^ nom tautde Uieu que du Roy ?
Sans voir, las I que déjà par deux fois sur sa leste, La Fr*^nce ayant bien peu prévoir telle lempeste. Sans remède et saps yeux raltende ^insi sur soy.
Un fort et seur esprit se renforce et soulage, Tan plus son sort jaloux luy présente d*assaux. Comme on feint qu'un Hercule en ses divers travaux Contre Faspre rancueur de Junon s*encouraf^e.
(t) m^g 1^ é(lUian« complètes du poète* ces sonnets sont au AOi^bre de Uxnte-si^.
200 POETES CHRETIENS DU XVi° SIÈCLE
Les maux que contre moy de ces maislres l'outrage Pourroit brasser de soy, de leurs irieurlriers loyaux Les aguels, ny l'eifroy de nos publiques maux, Ny mes malheurs n'onl peu mordre sur mon courage :
Questant sains el dispos, jusques au bandemenl Entrer de tous mes nerfs, jusqu'à l'épanchenient, Dernier de tout mon sang, jusqu'au soupir extrême,
Je n'y vueille ce corps et ceste ame opposer, Kt sur tous, qui plus est. toute l'ame épuiser, Poursauvercontreeux tous le sauveur de nous mcsmes.
Que de ce siècle horrible on me peigne un tableau,
Par ordre y ordonnant l'eslrange momnierie
Où tout vice, tout crime, erreur, peste, furie,
De son contraire ait pris le masque et le manteau.
Aux peuples et aux Rois dessous maint faux flambeau Qui les yeux éblouit et les cœurs en furie, Soit de ces masques faux l'énorme tromperie Conduite, et pour mouman porte à tous un bandeau :
L'injustice prendra le beau masque d'Astrée,
En science sera l'ignorance accoustree,
Sous le masque de Christ, d'Humblesse et Charité,
Satan, ambition, sédition félonne
Marcheront, et n'estoit la chance que Dieu donne
Leurs faux dez piperoyenl tout heur et vérité.
BSTIBNNB JODBLLB 201
Tous les saincts mandemens,que nostre foi chresLienne Commande de garder, sonl de la vieille loy Fors un, que Jesus-Chrisl à l'exemple de soy. Veut que comme à nous seuls particuliers on tienne,
C'est que nos ennemis nous aimions. Or qu'on vienne Surnommer maintenant ces assiegeurs de Roy, Ces troubleurs de repos, ces ebranleurs de foy, Les vrais restaurateurs de l'Eglise ancienne
Réserver la vengeance, 6 Dieu, pour eux prier Qui affligent, sans fin dessous les Rois plier. Fussent- ils tyrans, est-ce ou s'armer ou écrire
Cent libelles vilains ? se Ûller son cordeau, Se faire des mutins le chef et le bourreau, Est-ce suivre de Christ et pour Christ le martyre ?
{(Euvres et mcslanges poétiques^ i^J^')
ANTOIW PE PAIF
Une critiqua ^4^t (t) ^ <* La grandp rc^pmm^e de B.Qtf ne lui survécut pas et quelq^es-ups méiuo d«f ses contemporains devancèrent h son égard les sévérités de la postéritt'. Sauf le petit volume des Mimes (2) qui eut quatre éditions dans les trente années qui suivirent, ses œuvres ne furent jamais remises sous presse. >
Depuis, on a tenté deux fois la pubjiclatiou partieUe et totale de ses ouvrages sans que l'opinion ait changé en rien h son é^ar^- Ppur quelq^*U4 d^ récent, \\ demei^^ le lourd pédant, boi^rré de la^i^ et de gv^c q^l s'e^^rça en vain d'introduire dans notre métrique des vers qiesurés h la façon des anciens, tout en s'adonnant aux réformes orthographiques les plus bizarres et partant les moins justifiées.
Balf ne mérite pas l'oubli ou le mépris dans lequel il est tombé. Son œuvre un peu confuse contient par cela même des beautés qu'un amateur éclairé de notre poésie ne peut pas dédaigner.
Il était le fils naturel, mais légitimé, de Lazare de Baîf et il avait vu le jour à Venise, en février 1532. Tout i2une,
(1) Becq de Fouquières. Voyez : Poésies choisies de J. A, de Baïf^ suivies de poésies inédites ^publiées avec une notice sur la vie et les œuvres de Baïf, des appendices bibliographiques ^ des spécimens des Elrennes et des Chansonnettes f un tableau de la p^^ouonciation au xvi« siècle, des notes et des index, etc. Paris, Charpentier, 1874, in-18.
(2) Les Mimes, etc. Paris, Mamert Pâtisson, 1597, in-12 ; Tolose, Jean Jagourt, 1608, 1612 et 1619, In-U.
Mg^ona 4a la Pf^ad^u Son l^iBt<4re eat t>r^yQ- A la «lorl qe 8om pèr^ aui ^umut «a 15(47, alo^ qu'il u'étail encore qn'ècQlier, U q^vinl çecré^ir^ çjfi la Cliwbç^ au roi. On ^ii qi^Q Ghf^çl^ l\ Ip ^x^( e^ |^arKcuU^^ e^lUae et 9/am\^ 8(X9 apr(.
(ie pr«mleir ^ F^anee il o^açul \b, créatiçya a*nne Ac^aév^le pt\ If^ mu8|qH«i e^ la pQ^e «érigent ^g^aernent repr^n^ôes et (pn^ai vers ^571» pelle 4itp des Valois, qui tint d'alitpi^ sas assises df^ns s^ (\rppre vÀ^son des Fpssés- Saint- Victor (1) et ensuite di^ns le ealûuet 4^ roi.
Selon Guillaume QoUçtet (9), qui loumit sur cette intéresaai^ta fondation de envieux doicnmeuts, ellp réunissait Pierre 4e ïU)^sa^(l, Ci\^y de ?\\ij;s^c, P^Uippe des Portes, du Perron ^\ plusieurs autres Upaux ^^rits du siècle. Elle disparut vers 1584, faute de moyens d*existence, et peut-être i^i^^i pi^rç^ ^^e Ia divisip^ e^ ces temps troublés s'étc^t ïxi\^ w^\ ^ me(nl]irps.
BatC ^\A ^>Yc\\t rtoiisé cet^ ^oçtp asspmi^ée que pomr niieux ponr^lv^ sa tâche d'^^lip^ les yçrs et la iQus^que en un rythme commun* putUl^ plusieurs vepueils de poèmes. On en a dressé diverses fois la bibliographie et voici, croyon6-nous,ia meilleure liste que nous en pq^sslons fournir :
Le Ravissement d^Europe, etc. Paris, Vve Maurice de la Porte, 1552, in 8o; Les amours de Jean- Antoine de Bai f, Paris, Vve Maurice de la Porte, 1552, in-8« ; Quatre livres de Vamour de Francine, Paris, André Wechel, 1555, in-8* ; Chant de joie du jour des espousailles de Fran^ çois roi daufin et de Marie Roy ne d'Ecosse, Paris, André Wechel, 1558, in-4<» ; Le premier livre des météores^ Paris, U. Estienne, 1567, in-4o ; Le Brave, comédie jouée devant le roy en Vhostel de Guise à Paris, le 28 janvier i567. Paris, R. Estienne, 1567, in-8o; Imitation de quelques chants de VArioste par divers poètes fran, çois, etc. Paris, Lucas Breyer, 1572, in-S» ; Œuvres en
(1) Elle occupait alors, les n»" 23 et 25 de la rue dite des Fossés- Saint-Victor. Après la mort de Guillaume de Baîf, fils de notre poète, elle fut occupée par les dames AugusUnes anglaises qui la firent rebdtir en 163U. C'est dans ce couvent qu*a été élevé Georges Sand.
(2) Vie des poètes françois*
204 POiTBS CHRCTIBNS DU XYl*" SliCLB
rimes de Baïf (Les Amours , les Jeux^ les Passe-temjf), Paris, Lucas Breyer, 1572-1573. 4 vol. in-8» ; ComplainU sur le trespas du feu roy Charles IX. Paris, Frédéric Morel, 1574. in-4o; Etrènes de poésie fransoèze en vers mesurés. Paris, Denys du Val, 1574, in-4» ; Première salutation au roy sur son avènement à la couronne de France, Paris, Fr. Morel, 1575, in A^ ; Seconde salutation au roy entrant en son royaume^ Paris, Fr. Morel, 1575, in»4«; Epistre au roy, etc., pour l'instruction d'un bon roy, Paris, Fr. Morel, 1575, in-4<» ; Les Mimes, enseignement et proverbes, Paris, Lucas Breyer, 1576, in-16y et Paris, Mamert Pâtisson, 1597, in-12, etc.
Les dernières années du poète furent médiocres. II mourut d'une maladie dont il ressentit les effets pendant dix-huit années, le 19 septembre 1589, &gé de 58 ans et 7 mois.
Les poésies religieuses de Antoine de Ba!f,qui consistent pour la plupart en psaumes ont été publiées pour la première fois par M. Becq de Fouquières dans Tédition des œuvres choisies de ce poète (1). Elles sont extraites du Ms. 19140 de la BibUothèque Nationale.
(1) Ed. citée.