CATHERINE D'AMBOISE
Qaand parurent pour la première et unique fois, en 1861, Les Dévotes epistres de Katherine d'Amboise, on ne savait rien, ou presque rien, de leur auteur. Peut-on se flatter aujourd'hui de connaître 9ur Catherine autre chose que ce qu'en a écrit Tabbé J.-J. Bourassé dans la courte préface qui précède cette publication ? L'éditeur n'avait fait d'ailleurs que mettre h profit Térudition du Père Anselme, touchant la généalogie de la famille d'Amboise (1). Son recueil vaut par la beauté originale des textes. En dépit de tout éclaircissement nouveau, ces poèmes s'imposent toujours à notre curiosité. On y peut découvrir non seulement une haute leçon d'éloquence chrétienne, mais plus encore, un témoignage sincère de la pensée féminine en plein xvi« siècle. Lisez ces pages où Tauteur a versé le trop plein de sa foi et vous éprouverez un sentiment ignoré qui participe d'une illumination mystique, et non de la perfection de Tart qui les a réalisées.
Une àme ardente s'y révèle, dont la f^rUce et la pureté sont l'objet d'une inspiration divine. Prière fervente qui s'élève lentement comme la fumée de l'encensoir. L'auteur n'écrit pour personne. Il ignore que nous pénétrerons le mystère de sa ferveur. Ses sublimes accents, on le cœur offre sa part de passion, ne semblaient point créés jusqu'ici pour une oreille humaine. Tant de sérénité nous fait trouver vain le désir de nous renseigner plus étroitement. Interroge -t-on une àme ?
Catherine a vécu longtemps. Elle a dû aimer ; elle a souffert, elle a pleuré, elle s'est peut être révoltée entre
(1) Cf. Histoire yénéalog. et chronoL de la maison royale de France, etc Paris, Gi« des Libraires, 1726.
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les étroites barrières de son destin. Comme toute créature ici-bas, elle a t«nté de crier son angoisse et. au lien d*un gémissement, ses lèvres n'ont laissé passer qn*un chant suave et mélodieux.
Quel miracle vaudra de nous émouvoir comme ce don de musique céleste ?
Tient-on & savoir oe que.'fut Catherine? On l'a dite fille de Charles d'Amboise, 1<^'' de ce nom, seigneur de Chaumont. Son père eut les bonnes grAces de Louis XI ; il devint gouverneur de l'Ile de France, de Champagne et de Bourgogne, et fut chevalier de Saint-Michel et possesseur du Comté de Brienne. C'était an vaillant et un sage, selon ce qu'en a écrit Philippe de Commînes. Il mourut à Tours, le 11 février 1481. Catherine, remarquable par sa beauté, son esprit et la' distinction de ses manières, se maria trois fois. Elle éponsa Christophe de Toumon, seigneur de Beauchastel, échanson de Charles VIIl, puis après la mort de ce dernier, en 1501, Philibert de Beaujeu, seigneur d'Amplepuis, Linières et autres lieux. Chambellan dé François I«^ Ce second mariage eut de riches et séduisants auspices. La dot de Catherine s'élevait à 10.000 écus d'or, outre la possession du chatel-seigneurie de la Sellette en Berri. A n'en point douter, ce fut la plus belle époque et encore la plus édifiante de sa vie. Elle habitait alors le ch&tean de Linières et c'est dans ce Heu, qu'imposant h la science des images et du rythme, la flamme de ses dévotieuses méditations, elle composa ses poésies.
L'an 1541 la trouva veuve de nouveau. Pour la troisième fois, elle accepta les liens du mariage et devint l'épouse de Louis de Clèves, comte d'Auxerre, lequel mourut en 1545.
Elle survécut peu h ce troisième seigneur et s'éteignit sans postérité en 1550.
Ses vers, pieusement recueillis, ont été publiés h 180 exemplaires sur le manuscrit 8033 (ancien fonds) de de la Bibliothèque Nationale. Le recueil original, de format in-4o, relié on velours et comprenant dix-huit feuillets en velin, d'une écriture du xvi« siècle, est admirablement orné de trois miniatures dont l'une porte les armoiries de la maison d'Ambolse : parti d'un léopard de sable, grimpant , armé et lampassé de gueules en champ d*or : et de trois pals de gueules de même.
EPISTRE A MOÎH TRES DOULX, TRES GRACIEULX ET TRES DEBONNAIRE SAUVEUR ET SEIGNEUR JESUS-CHRIST
Vragments
Long temps y a, prince très gracieulx, Que j*ay désir présenter à tes yeulx Une requcste ; ains je crains, pour tout voir, Que ne veuilles la lire ou recepvoir ; Ce dont pourtant se mecl à l'aventure Ta povre serve, indigne créature, Par coste espistre construicte en douleurs, Pleine d'ennuy, geroissemens, et pleurs Que promplemenl par ce courrier t'envoye, Lequel s'est tnys, pour cesle affaire, en voye. Et m'a promis que la verras de brief.
Et oullre plus que de mon mal très grief Auray confort ; mais helas ! trop je double Que ma resqueste acceptes, somme toute, Tant au moyen des fauUes que j'ay faicles Enconlre loy, qui ne sont sattisfaictes.
Que pour la foy des loyalles amours Que j'ay faulcée, employant mes faulz tours Plus qu'inhumains contre ta Seigneurie.
Las I tu m'avoys tant aimée et chérie, Qu'impossible est a mondain amoureux.
Navré du dart d'amour très vigoureux, De tant aymer celle qui Tayme aussi, Ce pourpensant, ay le cœur tout transi.
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Or il est vray que Ion Père éternel, Et aussi toy, son filz substanciel, M*avez formé tant Tame que le rorps Par amoureux et gracieux accords.
Sans que besoing vous eussiés de me faire Et que de moy n'eussiés aucune affaire ; Mais seullement ton Père magniQcque Vouloits complaire à toy, son filz unique.
Par la bonté de la tierce personne, Qui de vous deux procède et dont resonne L'amoureux bruyt et gracieulx usaige, Fut acomply ce merveilleux ouvraige...
Mais, bon Jhesus, comme mal gracieuse De tous ces biens fus soubdain oblieuse.
Pour le parler du faulx serpent lezart Je t'oubliai. En enssuyvant son art, S'il me mena soubdain et par ma faulte, A fol delict. Ma rigueur fut trop haulte ; Car par ce fus à vice abandonnée, Comme la chair qui est aux bancz donnée, Tant et si fort que moy très malheureuse.
Je devins lors, par ort péché, lépreuse, Hideuse à veoir en face, très orrible.
Plus que nulle autre infaicle et corruptible.
Or m'en fuz pis ; car je fus dejeclée Du lieu plaisant où fut ma demourée, Mise en la terre et de paine et labeur, Ou pas longtemps ay ploré ma douleur, Au grant dangier de bestes devorables.
N'eussent eslé tes regards secourables ; Car non obslant que je t'eusse forfaict, Comme j'ay dit, sans Favoir sattisfaict, Tu l*en allas proposer à ton Père Le deshonneur, le mal et vitupère, Où j'habitoys, le priant doulcement Qu'il eust pitié de mon rabesseraent.
cathbrIkb d'amboisb 29
doulz Jfaesus, lu fus si amyable
De moy, meschante et si très pitoyable,
Que tu voullus de ton 'throsne descendre,
Et mortel corps pourTamour de moy prendre.
Lors fus en croix cruellement pendu,
Percé de clouz, et ton couslé fendu,
Dont vint le sang, auquel je fus lavée
Si nectement que ma chair enclavée
D'infection par ce sainct lavement
Fut nestoyée, et mise entièrement
Hors de Torreur, où pecbé m*avoit mise.
Le consistoire sur ce fut assemblé.
Ou chacun dit ce que luy a semblé Par opinion, voullurent ordonner Que vray pardon on me devoit donner.
Mais qu'il failloit pour ceste playe guérir.
Que de tes membres, il fust veu decourir Ruisseau de sang, ou lavée je seroye ; Car sans cela, jamais ne gueriroye.
Et quant je fus en mon estai remise.
Tu fus si bon, et si fort me prisas, Que moy chestive pour espouse prise as, En ra*assignant douaire en ton empire.
En te servant, et que vers toy me tyre, Sans relyrer pour mon bien advenir.
El moy pensant promesse te tenir.
Je le feys v[œju qu'ainsi je le feroye.
Et que jamais je ne t'ofTen seroye.
Que je n'ay fait cela, puis proférer, De t'offencer n*ay voullu différer ; Mais ay voullu, dont je me dois mauldire.
Plus que devant choysir des maulz le pire, Te délaisser par mespris et contempt, Dont de moi dois estre très mal content. Considéré que lu m'as tant aymée.
Ne doy-je point estre de tous blasmée ?
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Ne doyvent point les astres et les cieulx
Me foudroyer en lacrimablcs lieux?...
Quand de ce cas et forfaict me souvient,
Gomme transi mon cueur tout froid devient,
Recongnoissantma faulle et mon ofTence,
Où il n'y a replicque ny defTence,
Où envers toy je me puisse excuser,
Mais au contraire il me fault accuser.
Ce que je fais par cesle espistre et lectre,
Te pourmeclant de jamais ne commectre,
Mon seul Seigneur, et amy 1res loyal,
En dict ne faict, tour qui soit desloyal ;
Mais t'obeyr, comme la chaste espouse.
Et le mien cueur qui maintenant repoulse
Au souvenir de très grans bénéfices,
Qu tu m'as faict en lieu de malleiices,
A toy Jhesus, non a aullre le livre.
En protestant doresnavanl de vivre
Tout à part moy, comme la tourterelle,
Laquelle vyt toute seulle à part elle,
Quant son pareil elle a du tout perdu ;
En attendant que le tribut rendu
Soit à la mort par moy, selon l'usaige
De cestuy monde et de Thumain lignaige.
Sans plus bailler mon cueur ailleurs qu'à toy.
Te suppliant avoir pitié de moy.
Et me donner par amour et par don,
De tous mes maulz et ordz péchés pardon ;
En me gardant de plus y retourner,
Sans que jamais me puisse destourner ;
Mais te servir en ce monde fragille,
Si bien à point» que mon esprit agillo
Tous les neuf cieulx si puisse parvoller,
Ht purement aux nopces convoller.
Dont nous avons célébré flansailles
Sur les saincls fons, et puis les espousailles
Se, parferont en ton éternel estre, ;
Où pour bien faictz je conclus enfin estre;
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