‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 10 sur 202 · MON ENFANCE, ADIEU, MON ENFANCE · texte numérisé non relu

MON ENFANCE, ADIEU, MON ENFANCE

Mon enfance, adieu mon enfance. — Je vais vivre.

Nous nous retrouverons après l'affreux voyage. Quand nous aurons fermé nos âmes et nos livres. Et les blanches années et les belles images... Peut-êtreque nous n'aurons plus rien à nous dire ! Mon enfance... tu seras la vieille servante.

Qui ne sait plus bercer et ne sait plus sourire, Et moi, plein de ton amertume vigilante, J'ensevelirai le mystère des paroles...

HINllY BATAILLE

Adieu. — Nous rouvrirons les portes da village,

Et ce sera la nuit de fôte qui console...

Et la pluie mouillera ces tendres paysages..

Les payi^ans d'alors dormiront dans leurs chambres.

Et les jardins auront leur place accoutumée. . •

Ce sera quelque nuit limpide de décembre,

Avec la môme route unie et parfumée...

Et les branches qui font des silences soudains.^. .

Les femmes qui traversent une lampe à la main...

Les chiens maigres et plats étendus sur le sable...

Le bruit dans les massifs des grands rhodoaendrons.

Ces poussières d'amour que nous ramasserons,

Et tous nos bons regrets assis à notre table...

Je vous retrouverai le soir d'une journée, —

Les étoiles du champ viendront à la veillée,

Et vous me laisserez pleurer, sur yos genoux.

Nous entendrons le vent s'endormir dans les arbres ; -

Puis je regarderai mes deux mains apaisées.

Sous le clair silence du vieil abat-jour vert...

Peut-être un souffle triste ouvrira la croisée. ••

On entendra passer les longs chemins de fer...

Et la lune ne sera pas encor levée. —

Pauvre petite vieille enfance retrouvée,

Ce sera comme si je n'avais pas souffert...

Pas souffert? est-ce vrai ? nous n'avons pas pleurt^,

Pas souffert? oh ! répète-le, ma grise amie, —

Et vienne ce beau soir que j'évoque à mon gré,

Où noud caresserons nos lèvres endormies...

Ce soir-là, ce soir-là, je saurai bien des choses...

Je ne te plaindrai plus de n'avoir pas de roses...

Je comprendrai la joie du phalène qui meurt...

P0ÂTS8 d'aujourd'hui

Alors nous éteindrons la lampe avec douceur.

j^pj {La Chambre blanche , )

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