‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 102 sur 202 · AU TEMPS DE LA MORT DES MARJOLAINES · texte numérisé non relu

AU TEMPS DE LA MORT DES MARJOLAINES

Au temps de la mort des marjolaines, Alors que bourdonne ton léger Rouel^ tu me fais, les soirs, songer A ses aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs Qui dévidaient les fuseaux fragiles.

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Que files-tu, sœur, en ces vigiles, Où tu chantes d*heurs et de malheurs?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves D'amour, morts en la saison des pleurs D'avoir vu mourir toutes les fleurs Qui parfumèrent les heures brèves î

Oh I le geste fatal de tes mains Pâles, quand je parle de ces choses.

De tes mains qui bénirent les roses En nos jours d'amour sans lendemains I

C'est le vent d'automne dans l'allée, Sœur, écoute, et la chute sur l'eau Des feuilles du saule et du bouleau^ Et c'est le givre dans la vallée.

Dénoue — il est l'heure — tes cheveux Plus blonds que le chanvre que tu files; L'ombre où se tendent nos mains débiles Est propice au murmure des vœux.

Et viens, pareille à ces châtelaines Dolentes à qui tu fais songer.

Dans le silence où meurt ton léger Rouet, ô ma sœur des marjolaines I

{Poèmes, i88^'i8gy : Petits poèmes d'automne.)

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