‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 109 sur 202 · CRÉPUSCULE PLUVIEUX · texte numérisé non relu

CRÉPUSCULE PLUVIEUX

A Rodolphe Dareens,

L'ennui descend sur moi comme un brouillard d'automne Que le soir épaissit de moment en moment, Un ennui lourd, accru mystérieusement.

Qui m'opprime de nuit épaisse et monotone.

Pourtant nul glorieux amour ne m'a blessé, Et c'est sans regretter les heures envolées Que je revois au loin, vagues formes voilées, Mes souvenirs errants au jardin du passé .

Et pourtant, maintenant, dans Thorreur languissante D'un soir de pluie et dans la lente obscurité, Je sens mon cœur que nul amour n'a déserté Mélancolique ainsi qu'une chambre d'absente.

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A Paul Roux

Dans le triomphe bleu d'un soir oriental Elle s'accoude avec une lente souplesse Au rebord lumineux de la terrasse, et laisse Les cheveux étaler leur deuil sacerdotal.

La ville sainte aux toits baignés de lueurs blanches Est pleine de rumeurs d'épouvante, et là-bas, Dans le Bois pollué par le sang des combats, Des feux semblent des yeux cruels entre les branches.

Les hommes durs venus de pays innommés Fouleront ce matin le sol du sanctuaire ;

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Près des murs, attendant Taurore mortuaire, Veillent, silencieux, des cavaliers armés.

Et vers le ciel pareil aux cuirasses brunies Que hérissent des clous brillants, leur rude main , Lève de longs buccins d'or qui seront demain Les annonciateurs sacrés des agonies.

Des femmes, leurs seins nus, caressés de clartés, Dans de grands parcs plantés d'hiératiques chênes S'attardent à rêver des souillures prochaines Et s'apprêtent pour les mauvaises voluptés.

Mais, dédaignant le songe humain des vils désastres, L'hiérodoule au cœur d'éternel diamant Dans la suprême nuit regarde éperdument L'hiver du ciel blanchi par le givre des astres.

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