‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 108 sur 202 · TRISTESSE DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

TRISTESSE DE SEPTEMBRE

A M^* Elisabeth Dayre.

Quand le vent automnal sonne le deuil des chênes,

Je sens en moi, non le regret du clair été.

Mais TinefFable horreur des floraisons prochaines .

C'est par l'avril futur que je suis attristé ; Et je plains les forêts puissantes, condamnées A verdir tous les ans pendant l'éternité.

Car, depuis des milliers innombrables d'années, Ce sont des blés parpils et de pareilles fleurs, Invariablement écloses et fanées ;

Ce sont les mêmes vents susurrants ou hurleurs, La même odeur parmi les herbes reverdies.

Et les mêmes baisers et les mêmes douleurs.

Maintenant les forêts vont s'endormir, raidies

Par les givres, pour leur sommeil de peu d'instants. .

Puis, sur l'immensité des plaines engourdies.

Sur la rigidité blanche des grands étangs, Je verrai reparaître à l'heure convenue — Comme un fantôme impitoyable — le printemps ;

les soleils nouveaux ! la saison inconnue!

202 POÈTES d'aUJOURD'uUI

Page 1