LIS ROSE
Antoinette est un lis que l'on fauche debout. Perles dont les rubis interrompent la liîrne, La blancheur est son lot, la rougeur la désigne; Une rose de France orne son marabout.
ai8 P0&TK8 D*AUiOURDHXn
Le lait de Trianon s'empourpre à l'autre bout. La Reine voit la Mort — la B^gère se signe ; Et la femme au calice enfiellé se résigne...
Le lait se caille, le pleur coule, le sang* bout.
Saint Denys, devançant ton martyre, y supplée :
Il porte dans ses mains sa tète décollée,
Et, dans sa basilique, aurait pu t'accueillir,
Toi qui, dans tes mains, portes aussi ta tète. Rose et lis transformés en un bouquet de fête, Et que sur l'échafaud un Ange vient cueillir!
{Les Perles Rondes.)
LOUIS DIX^EPT
Le plus pur des Bourbons est un orphelin blême. Tendre Dauphin broyé, l'Enfant Louis Dix-Sept Humanise en ses traits TEnfant de Nazareth, Fils de dieux et de rois qu'adopte Dieu lui-même !
Des épines, au front, lui font un diadème;
Le miracle embaumé de Sainte Elisabeth
En ses bras torturés a rejailli plus net ;
Les lis de son manteau lui servent seuls de chrême.
Il porte un sceptre en fleurs, d'un air de Séraphin;
Son décès discuté le fait vivre sans fin ;
Son sort, qui semblait dur, un mystère Télide.
Son trépas, à jamais, demeure partiel.
C'est comme un Papillon qui fuit sa chrysalide,
Et dont le doux vol bieu se fond avec le Ciel.
{Les Perles Rouges.)
JEAN MORÉAS i856
M. Jean Moréas est né à Athènes, le i5 avril i856.
t André de Chénier était Grec par sa mère seulement, Moréas, le second poète que nous envoie le Levant,est — selon M. Félix Fénéon — de race plus pure. Ses aïeuls s'adonnèrent à<;e genre de sport qui consistait, vers 1824, à brûler des galères ottomanes, à fournir des sujets à Delacroix et à tomber avec emphase dans des naumachies : l'un, le navarque Tombazis, qui terrorisa TArmada du Sultan, comme le déclare une chanson populaire encore parmi les marins de l'Archipel ; l'autre Papadiamantopoulos, Gotzabasse de la Morée, qui traversa la flotte turque et vint mourir dans Missolonghi assiégée, et Gervinus le dit... »
Son adolescence nous le montre parcourant un peu Gévreusemeni TEurope. Francfort, Heidelberg, Stuttgard, Genève .(le Rhin, l'Italie) le virent ; enfin, Paris le retint en 1872. Il y demeura six semaines, gagna ensuite Athènes et, gardant une sorte de nostalgie de la Capitale, revint s'y fixer définitivement quelques années après. M. Jean Moréas débuta à la Nouvelle Rive Gauche (novembre 1882), petit journal qui se transforma et prit le nom de Lutèce (6 avril i883). Il fit paraître sa première œuvre, Les Syrtes, en décembre 1884. Ce fut plus qu'une promesse et les quelques exemplaires de cette édition s'épuisèrent rapidement. Ce recueil, ainsi que des pages