‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 134 sur 202 · FLAMMES · texte numérisé non relu

FLAMMES

Parmi les acres fleurs des lauriers, cette voix Évocatrice en nous de gloire révolue Emanait de la mer, du soir et d'autrefois :

« Enfants tristes penchés vers Tombre, l'ombre afflue Et monte jusqu'à vos lèvres avec les flots Dont vous enivriez votre âme irrésolue.

La séculaire nuit opprime vos yeux clos, Enfants tristes, et vos poitrines lacérées Se gonflent lâchement de stériles sanglots.

Si votre bouche a soif des aubes empourprées Et du sang lumineux qui sacre le matin Quel sortilège encor vous attrait aux vesprées?

D'un geste, dans la nuit, décisif et hautain,

Reniez le poison des ondes léthéennes

Et marchez sans retour vers un autre destin. »

Frénétiques, hors des ténèbres anciennes Nous avons fait jaillir dans le ciel morne et noii Une farouche aurore à la cime des chênes,

Et dociles au cri de désir et d'espoir, Nous respirons les roses rouges de la joie, Depuis que déjouant les embûches du soir

POÈTES d'aujouhd hui

La torche avec Tépée à notre poing flamboie.

(La Lyre héroïque et dolente.)

JOUVENCaS

Tu parles tristement des campag-nes lointaines D'une voix si dolente et lourde de regrets Que je deviens jaloux des fleurs et des forêts Et des saules d'argent penchés vers les fontaines.

Souvenirs I jours anciens I comme vous enserrez Notre âme prisonnière en d'invincibles chaînes : Tu veux, comme autrefois, baigner les sombres chênes Au clair de lune blond de tes cheveux cendrés.

Soit 1 l'été revenu parmi les hautes herbes.

Nous marcherons, frôlés par les ailes de l'air. Au murmure divin des choses et ta chair ' Mêlera des parfums de Chypre aux foins en gerbes.

Et peut-être qu'un soir entre de rudes draps Embaumés de lavande et dans un Ut d'auberge Tu me rendras ta chair et tes lèvres de vierge Pour quelque amour d'enfant dont tu te souviendras. {La Lyre héroïque et dolente : La Gloire du Verbe.)

HENRI DE RÉGNIER i864

Le premier et le plus célèbre de tous les « poètes d'aujourd'hui », M. Henri de Régnier (Henri-François- Joseph), est né à Horjleur (Calvados) le 24 décembre 1864, et, venu de bonne heure à Paris,y fit «es études au collège Stanislas, puis à TEcole de Droit qu'il quitta « licencié » . Depuis Liiièce, où il débuta vers 1 885, jusqu'à La Fo^mc (nouvelle série, 1899), M. Henri de Régnier a collaboré à presque toutes les « petites revues » tant françaises que «belges, que suscita le mouvement dit (( symboliste », et l'on trouvera en fin de ces lignes l'état à peu près complet de cette collaboration. Assidu alors du « jour » de Leconte de Lîsle, M. Henri de Régnier, selon les justes expressions de M. Francis Vielé-Griffin, sou compagnon de route et qu'il faut compter également parmi eux, fut aussi de « ces jeunes hommes qui, guidés par leur seule foi dans l'Art, s'en furent chercher Verlaine au fond de la Cour Saint-François, blottie sous le chemin de fer de Vin cennes, pour l'escorter de leurs acclamations vers la gloire liaute que donne l'élite ; qui montèrent, chaque semaine, la rue de Rome^ porter l'hommage de leur respect et de leur dévouement à Stéphane Mallarmé haulainement isolé dans son rêve ; qui entourèrent Léon Dierx d'une déférence sans délai ilance et firent à Villiers de l'Isle Adam, courbé par la vie, une couronne de leurs enthousiasmes». Bien que grande.

250 POETES d'aUJOUHD'iIUI

la réputation de M. Henri de Régnier est un peu récente. Quand fut représenté, en juillet 1894, au Théâtre de VŒavre, son poème La Gardienne, il n'était i,^uère connu que des lettres. Mais les choses, depuis, ont chang-é. De même que ceux-là qui troublèrent par leur sottise laudition de ce poème dont oc peut dire sans exag'ération qu'il est admirable, rougiraient aujourd'hui d*en ignorer Fauteur, de même M. Jules Lemaître a tout à fait oublié de réimprimer dans Pun de ses volumes : Impressions de Théâtre le feuilleton un peu néglige qu'il écrivit alors au Journal des Débats. Et si M. Anatole France, quand parut Tel qu'en songe et qu'il rédigeait au Temps sa Vie littéraire, garda un silence qui surprit, M. Gaston Deschamps, à chaque nouveau livre que publie M. Henri de Régnier, lui consacre maintenant dans le même journal un article souvent abondant et toujours élogieux. Mais tout cela c'est l'un des « recommencements » de rhisloire- littéraire et nous n'y insisterons pas. Nous ne reproduirons non plus nul passage des articles parus sur M. Henri de Hcgnier. Quand on a écrit les Poèmes anciens et romanesques, La Gardienne et ce livre : Aréthuse, beau tout entier, quand on .1 écrit Le Vase, Les Roseaux de la Jlâte et cette pièce : La Couronne^ dans Les Médailles d'Argile, quand on a dressé tant de beautés souples, harmonieuses et mélancoliques on est un grand poète, et que d'aucuns le nient ou bien le reconnaissent, cela n'importe pas . Et ces mots, nous les inscrivons avec tranquillité. Choisies parmi toute l'œuvre jusqu'ici de M.Henri de Régnier, les pièces, d'ailldurs, que nous donnons, si elles ne rendent pas tous les aspects de sa poésie somptueuse et pensive, en offriront dos tons appréciables, et les lire vaudra mieux que s'attarJcr à aucune glose, comme lire l'œuvre iidrait mieux que se contenter de quelques extraits, ml ici cette notice en rappelant qu'il a écrit aussi , comme La Canne de Jasp^', et un roman : La Don-^ \ssty j)ara d'abord dans 17:V/jo de Paris, ci dii«jiiel orrain a dit qu' w il est le frcie du livre de M. Ana-

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