‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 136 sur 202 · SCÈNE AU CRÉPUSCULE · texte numérisé non relu

SCÈNE AU CRÉPUSCULE

La Nuit monte trop vite et ton espoir est vain» ■ José- Maria dib Hbredia.

En allant vers la Ville où l'on chante aux terrasses

Sous les arbres en fleurs comme des bouquets de fiancées.

En allant vers la Ville où le pavé des places

Vibre au soir rose et bleu d'un silence de danses lassées,

Nous avons rencontré les filles de la plaine

Qui s'en venaient à la fontaine.

Qui s'en venaient à perdre haleine,

Et nous avons passé.

La douceur des ciels clairs vivait en leurs yeux tristes,

Les oiseaux du matin chantaient. en leurs voix douces,

Oh si douces avec leurs yeux de bonne route

Et si tendres avec leurs voix de colombes indicatrices !

Elles s'assirent pour nous voir, tristes et sages,

Leurs mains jointes semblaient garder leurs cœurs en cage.

Les ballerines ont croisé nos chemins

Et nous avons suivi leurs fards, 'leurs rires, leurs tambourins

Pour les perdre un soir d'ombre au détour du chemin...

HENRI INE RéGNIER 255

Nous allons vers la Ville où Ton chante aux terrass'^ Sous les arbres en fleurs chercher les Fiaiicées^ O cloches d allégresse au silence des places, Les clochers tremblent comme des fleurs balancées I

Nos espoirs entreront par les portes ouvertes

En vols de papillons légers aux vastes ailes,

Avec les hirondelles

Qui s'en viennent inertes,

Lasses d'avoir passé et repassé les mers,

Et vers les angles noirs et sur les pavés clairs

Nos espoirs voletteront en ombres joyeuses

Comme des pétales de fleurs merveilleuses

Que pleut le soir d'avril aux tresses des fileuses.

{Poèmes, i88;^-i8g2 : Poèmes anciens et romani

EXERGUK

Au carrefour des routes de la forêt, un soir, Parmi le vent, avec mon ombre, un soir, Las de la cendre des âtres et des années, Incertain des heures prédestinées.

Je vins m'asseoir.

Les routes s'en allaient vers les jours

Et j'aurais pu aller avec elles encor,

Et toujours,

Vers des terres, des eaux et des songes, toujours

Jusques au jour

Où, de ses mains magiques et patientes, la Mort

Aurait fermé mes yeux du sceau de sa fleur de paix et d

Route des chênes hauts et de la solitude.

250 POÈTE» dVt!JOUBD'hUI

Ta pierre âpii est mauvaise aux lassitudes,

Tes cailloux durs aux pieds lassés,

Et j'y verrais saiffuer le sang* de mon passé,

A chaque pas, .^

Et tes chênes hautains grondent dans le vent rude

Et je suis las.

Route des bouleaux clairs qui s'eJFeuilIent et tremblent

Pâles comjrie la honté'3^ tes passants pâles

Qui s égareirt en tes fanges tenaces,

Et vont ensemble,

Et se détournent pour ne pas se voir face à face;

Route de boue et d'eau qui suinte, ^3^

Le vent à tes IguiUgs chuchote sa plainte, ^^^cre^ -Jl^v^nA,

Les grands marais d'argent, de lunes et de givre ^

Stagnent au crépuscule au bout de tes chemins

Et TEnnui à qui veut te suivre

Lui prend la main.

Route des frênes doux et des sables légers

Où le vent efface les pas et veut qu'on oublie

Et qu'on s'en cille ainsi qu'il s'en va d'arbre en arbre,

Tes fleurs^de miel ont la couleur de l'or des sables,

Ta courbe est telle qu'on voit à peine où l'on dévie f^^*^-*^'^'^^

La ville où tu conduis est bonne aux étrangers

Et mes pas seraient doux sur le seuil de ses portes

S'ils n'étaient pas restés le long d'une autre vie

Où mes Espoirs en pleurs veillent des Ombres mortes.

Je n'irai pas vers vos chênes Ni le long de vos bouleaux et de vos frênes Et ni vers vos soleils, vos villes et vos eaux, route I

HENRI DE néCNIBR

J'ontcnds venir les pas de mon passé <

Les pas que j'ai crus morts, hélas 1 et

Et qui semblent me précéder en vos é

routes,

Toi la facile, toi la honteuse, toi la hi

Et j'écoute

Le vent, compagnon de mes courses ^

Qui marche et pleure sous les chênes.

O mon âme, le soir est triste sur hier,

O mon âme, le soir est morne sur der

O mon âme, le soir est grave sur toi-

{Poèmes, iSSj-jSçq :

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