‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 143 sur 202 · HENRI DE RÉGNIER · texte numérisé non relu

HENRI DE RÉGNIER

SONNET POUR BILITIS

Mes Sœurs, notre jeunesse a mûri lentement Sa grappe savoureuse à nos treilles rivales Et nos jours que le Temps presse de ses sandales Ont coulé comme un vin dont Tivresse nous ment ;

L'âge est venu sournois, furtif, fourbe et gourmand, Mordre et flétrir, hélas ! nos gorges inégales; Notre vendange est faite et j'entends sur les dallés Marcher le vigneron dans le cellier dormant.

Vous, ô mes Sœurs, je vois vos mémoires perdues Vieillir poudreusement comme les outres bues, Et moi que visita la Muse aux ailes d or.

Je resterai pareille à l'amphore embaumée Où, captif aux parois qu'elle respire encor. Vibre et rôde le vol d'une abeille enfermée.

{Les Médailles d'Argile,)

Page 1