GRAND VENT
Mon âme, tu reviens des vieilles aventures Pour saluer l'hiver en son château de givre ; Ecoute : les grands vents hurlent comme des cuivres Et troublent le sommeil de la mère Nature — Arrête-toi, mon âme, ils ont peine à te suivre.
Attends-les : accourus de la plaine et des monts, Ils sont les voyageurs mystérieux, ils sont.
Ceux qui savent le sens de toutes les histoires ; Ils te raconteront les combats et leur gloire Epandant sur ta vie une morne lumière — Et tu respireras l'odeur des cimetières.
Ils te rappelleront, pour que tu sois dolente. Aux flancs des noirs coteaux les villes éclatantes Où bouillonnent la foule et les vins répandus ; Puis, très tard, quand la nuit semble un filet tendu Qui retient le silence en ses mailles d'étoiles. Tu verras les terriens blottis autour des poêles
ADOLPHE RETTé «79
S'assoupir en rêvant de moissons merveilleuses; Et les souffles seront pareils à des pleureuses, Mais tu pourras ouïr, du [haut des cheminées, Le rire du g-rillon monter dans la fumée ; Les granges te plairont que parfument les foins. . Puis alors les grands vent t'emporteront plue loin.
Très loin, au fond d'un val où les arbres tordus Se lamentent ainsi que des enfants perdus, Souverain taciturne à la barbe gelée.
L'hiver t'apparaftra qu'adulent des nuées Nuptiales menant, en un blême cortège, La reine de Candeur : Notre-Dame la Neig-e.
Devant le blanc vieillard immobile et jaloux De g-arder pour lui seul sa couronne de houx. Tu te tiendras durant les heures que la nuit Compte dans les clochers pour leurrer son ennui Et frappe tour à tour d'un marteau d'argent clair. Les souffles, cependant, se révolteront, l'air Sifflant dispersera des flèches acérées Qui feront sangloter les branches fracassées... Mais le Vieux jettera, comme on jette des plumes, A la rébellion quelques loques de brume.
Tu verras dans ses yeux flamboyer la Polaire Et tu t'ébahiras de l'org-uéil séculaire Qui le rend impassible aux souffles acharnés ; Car l'hiver est un roi très rude à détrôner.
Enfin l'aube viendra, frêle et toute frileuse, Revêtir d'or léger les collines dormeuses; Puis le Vieux la prendra pour en parer sa tête, Et les souffles vaincus pleureront leur défaite —
P0ÂTB8 d'aujourd'hui
emmitouflant la plaine abandonnée, lillent les blés de la prochaine année, [>ienfaisante ornera son corsage is suspendus aux tuiles des villages,..
!t hiver ne devait pas finir, te ravie au vent qui se désole 1 à crier de sinistres paroles, Ls, parmi la plaine, recueillir s doux et froids comme des souvenirs.
( Campagne première . )