JEAN-ARTHUR RIMBAUD
Arthur Rimbaud repart pour la capitale^ tombe chez André Œil qui, ahuri de Tescapade, ne comprenant pas, le congédie. « Il dut, — écrit son pieux biographe, M. Paterne Berrichon — par cette fin d'hiver et huit jours durant à travers les rues, errer, sans pain n^feu ni lieu... cela jusqu'à ce que mourant , littéralement de misère^ il se résignât à sacrifier sa liberté en faveur de sa vie, à reprendre à pied le chemin de Gharleville. »
Pendant la Commune, il échoue pour la troisième fois à Paris, s'enrôle dans les Tirailleurs de la Révolution. Après la défaite, il regagne, non sans difficulté, les Ardennes.Son talent — ce talent inconscient, fait de hâtives notations, — est mûr déjà; il écrit fiévreusement Le Bateau ivre. Après une correspondance engagée avec Verlaine, le voici de nouveau à Paris.
Il y séjournera d'octobre 1871 à juillet 1872, logeant chez le poète de La Bonne Chanson^pms chez Théodore de Banville, puis rue Racine, à l'hôtel, et enfin, grâce aux munificences de Verlaine, dans ses meubles, rue Campagne-Première. Il voyage ensuite en ALgleterre, en Belgique jusqu'en 1878, époque à laquelle s'opère tragiquement une rupture avec Verlaine. Résultat : emprisonnement de ce dernier, admission de Rimbaud à l'hôpital Saint-Jean où on le soigne du coup de revolver presque inconsciemment tiré sur lui par son ami. Expulsé de Belgique, il fait une nouvelle apparitioh à Charleville, publie et détruit en même temps une édition d'Une Saison en Enfer^ sorte d'autobiographie psychologique. Il passe encore à Paris, professe le français à Londres, projette un voyage en Orient, En février 1876, nous le découvrons à Stultgardt,pui5'en Italie. Raccolé pour l'armée espagnole carliste, il se soucie peu de rejoindre son corps et,sa prime d'engagement touchée, se dirige de nouveau sur Paris. Dès lors, c'est une suite d'aventures sans nombre. Engagé dans les troupes néerlandaises, il part pour l'Archipel de la Soude. Déserteur, il erre dans les îles de Java, déjouant les recher-
ches des autorités^ puis s'embarque à Batavia, en qualité d'interprète manœuvre sur un bateau anglais. De retour en Europe après une héroïque traversée, il gagne, à la suite de la troupe du cirque Loisset, les pays du Nord, descend avec * l'aide pécuniaire de sa famille vers Alexandrie. Au mois de mars 1880, ayant passé le Canal de Suez et « poussé une pointe interrogante sur l'Abyssinie, il entre dans le golfe d'Aden ». Tout à la fois trafiquant et explorateur, Arthur Rimbaud y qui a délaissé l'efFort littéraire, mènera jusqu'à sa fin une vie errante. Explorateur, il adressera des mémoires de haut Intérêt à la Société de géographie; colonisateur, il tentera avant d'autres, dont la gloire fut bruyante, des relations avec des peuplades de l'Afrique, formera des caravanes, fournira à Ménélik des armes qui plus tard seront offensives à l'Italie.
En correspondance constante avec sa famille, il projetait un retour en France lorsqu'il se sentit envahi lentement par le mal qui devait l'emporter. Une tumeur dans le genou droit l'oblige, en fin mars 1891, à abandonner Harrar, centre de ses opérations. Transporté à Aden, puis à Marseille, il entre à l'hôpital de la Conception, où, après des souffrances stoïquement acceptées, il meurt des suites de l'amputation de la jambe (10 novembre 1891).
Sa sœur, mademoiselle Isabelle Rimbaud, a raconté en un récit douloureux sa fin poignante. Ce fut une agonie de près de quatre mois ; il s'éteignit âprement, offrant le spectacle de Phomme qui meurt physiquement sans laisser surprendre un instant ses facultés mentales par la décrépitude.
Rimbaud laisse un bagage poétique fort restreint, et qui date de sa prime jeunesse. Néanmoins, la grande Originalité de ses poèmes jointe à la maîtrise de son procédé font de lui un des précurseurs de la poétique nouvelle. Les heures de son enfance furent troublées et permirent à la légende qui se forma autour de son nom de le représenter comme une sorte de personnage dégradé par une extrême perversion. Depuis
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peu, des biographes autorisés, entre autres M . Paterne Berrichon — à qui nous devons la documentation serrée de ces lignes — ont fait justice d'une telle calomnieuse invention. Nature violente, exprimant toutes les aspirations et — cyniquement — jusqu'aux pires faiblesses de la nature humaine, Arthur Rimbaud, s'il ne s'est point purifié par le verbe, s'est régénéré dans l'action. — A. B.
Bibliographie :
Les œuvres. — Une Saison en Enfer, prose, Bruxelles, chez Poot et G**, 1873. — Les Illuminations, proses publiées par les soins de Paul Verlaine, Paris, éd. de La Vogue, 1886. — Le Reliquaire, vers et prose, préface de Rodolphe Darzens, Paris, Genonceaux, 1891. — Les Illuminations. Une Saison en Enfer, préface de Paul Verlaine, Paris, Vanier, 189a. — Poésies complètes, préface de Paul Verlaine, Paris, Vanier, 1896 (ces deux dernières éditions sont fort défectueuses). — Œuvres de Jean-Arthur Rimbaud (Poésies, 1869-1872. Les Illuminations et Autres Illuminations, 1872-1873. Une Saison en Enfer, jSjS), Paris, Soc. du Mercure de France, 1898. — Lettres de Jean-Arthur Rimbaud {Egypte, Arabie, Ethiopie), avec une introduction et des notes par Paterne Berrichon, Paris, Soc. du Mercure de France, 1899.
A GONSOLTER. — Paterne Berrichon : La Vie de Jean-Arthur Rimbaud, Paris, Soc. du Mercure de France, 1897. — R. de Gourmont : Le Livre des Masques, Paris, Soc. du Mercure de France, 1896. — S. Mallarmé : Divagations, Paris, Fasquelle, 1897. — Georges Moore : Impressions and Opinions, Two unknown Poets^ Londres, 1891. — Ad. B.etié: Aspects, Paris, Bibliothèque Artistique et littéraire, 1897. — A. Symons : The Symbolisi movement in literature, London, Heinemann, 1900. — P. Verlaine : Les Poètes Maudits, Paris, Vanier, 1884 et 1888.
Paterne Berrichon : Nouvelles notes sur Rimbaud, Mercure de France, juin 1898. — R. Darzens : Enquêtes littéraires : Arthur Rimbaud, Revue Indépendante, janvier- février 1889. — G. Deschamps : Un ami de Verlaine, Le Temps, 19 mai 1898. — A. Eloesser : Arthur Rimbaud, Berlin, Monatschrift fur neue Littérature und Kunst, II, 7 avril 1898. — F. Fénéon : Illuminations d'Arthur Rimbaud, Le Symboliste, 7 octobre 1886. — A. France : Article sur Rimbaud, Univers Illustré, a8 novembre 1891. — G. Izambard, A propos d'Arthur Rimbaud, La Liberté, juillet 189S. — - G. Kahn : Arthur Rimbaud, La Revue Blanche, i5 août 1898. — •Bd. Lepelletier : Une Saison en Enfer, Echo de Paris, f sep-
a86 poâtes d'aujourd'hxti
tembre 1897. ^ Ed. Lepelletier : Boat de l'An, Echo de Paris, aS janvier 1898. —M. D. : Sur Rimbaud^ Entreliens politiques et littéraires, décembre 1891. — G. Rodenbach : Un précaraenr françaîs en Âbyssinie, Le Figaro, la août 1898. — P. Verlaine : Arthur Rimbaud (Les Hommes d'aujonrd*hui), Paris, Vanier.
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