‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 162 sur 202 · LE MALADE SOUVENT · texte numérisé non relu

LE MALADE SOUVENT

Le malade souvent examine ses mains, Sipâles, n'ayant plus que des gestes bénins De sacerdoce et d'offices, à peine humaines; U coQsulle ses mains, ses doigts trop délicats

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Qui, plus que le visage, élucident souv cas Avec leur maigre ivoire et leurs débiles veines.

Surtout le soir, il les considère en songeant Parmi le crépuscule, automne des journées, Et dans elles, qui sont longues d-ètre affinées, Voit son mal comme hors de lui se prolongeant, Mains pâles d'autant plus que Tobscurité tombe I Elles semblent s'aimer et semblent s'appeler ; Elles ont des blancheurs frileuses de colombe Et, sveltes, on dirait qu'elles vont s'envoler. Elles font sur l'air des taches durnaturelles Comme si du nouveau clair de lune en chemin Entrait par la fenêtre et se posait sur elles. Or la pâleur est la môme sur chaque main, Et le malade songe à ses mains anciennes ; Il ne reconnaît plus ces mains pâles pour siennes; Tel un petit enfant qui voit ses mains dans l'eau.

Puis le malade mire au miroir sans mémoire

— Le miroir qui concentre un moment son eau noire —

Ses malus qu'il voit sombrer comme un couple jumeau;

vorace fontaine, obstinée et maigrie.

Où le malade suit ses mains, dans quel recul !

Couple blanc qui s'enfonce et de plus en plus nul

Jusqu'à ce que Teau du miroir se soit tarie.

Il songe alors qu'il va bientôt ne plus pouvoir

Les suivre, quand sera total l'afflux du soir

Dans cette eau du profond miroir toute réduite;

Et n'estt-ce pas les voir mourir, que cette fuite ?

{Les Vies encloses,)

GEORGES RODENBACH 'àO^

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