L'INFANTE
Mon âme est une infante en robe de parade, Dont l'exil se reflète, éternel et royal, Aux grands miroirs déserts d'un vieil Escurial, Ainsi qu'une galère oubliée en la rade. nr< tUtl « «/
Aux pieds de so^ fauteuil, allongés noblement, Deux lévriers d'Ecosse aux yeux mélancoliques Chassent, quand il lui plaît, les bêtes symboliques Dans la forêt du Rêve et de TEnchantement.
Son page favori, qui s'appelle Naguère, Lui lit d'ensorcelants^ poèmes à mi-voix, Cependant qu'immobile, une tulipe aux doigts» Elle écoute mourir en elle leur myst^
Le parc alentour d'elle étend ses froimaisons, Ses marbres, ses bassins, ses rampes à balustres ; Et, grave, elle s'enivre à ces songes illustres Que recèlent pour nous les nobles horizons.
Elle est là résignée, et douce, et sans surprise, Sachant trop pour lutter comme tout est fatal, Et se sentant, malgré quelque dédain natal.
Sensible à la pitié comme l'onde à la brise.
Elle est là résignée, et douce en ses sanglots. Plus sombre seulement quand elle évoque en songe Quelque Armada sombrée à l'éternel mensonge, Et tant de beaux espoirs endormis sous les flots.
Des soirs trop lourds de pourpre où sa fierté sompire. Les portraits de Van Dyck aux beaux doigts longs et purs.
ALBERT SAMAIN
Pâles en velours noir sur l'or vieilli des murs En leurs grands airs défunts la font rêver d'e
Les vieux mirages d'or ont dissipé son deuil £t dans les visions où son ennui s'échappe, Soudain — gloire ou soleil — un rayon qui Allume en elle tous les rubis de l'orgueil.
Mais d'un sourire tiriste elle apaise ces fièvres Et, redoutant la foule aux tumultes de fer, Elle écoute la vie — au loin — comme la mei Et le secret se fait plus profond sur ses lèvres.
Rien n'émeut d'un frisson l'eau pâle de ses yei Où s'est assis l'Esprit voilé des Villes mortes ; Et par les salles, où sans bruit tournent les ] Elle va, s'enchantant de mots mystérieux.
L*eaa vaine des jets d'eau là-bas tombe en cas Et, pâle à la croisée, une tulipe aux doigts^ Elle est là, reflétée aux miroirs d'autrefois. Ainsi qu'une galère oubliée en la rade.
Mon Ame est une infante en robe de parade.
{Au Jardin de l'In