ÉLÉGIE
A Gabriel Rando
Quand la nuit verse sa tristesse au firmament, Et que, pâle au balcon, de ton calme visage Le signe essentiel hors du temps se dégage.
Ce qui t'adore en moi s'émeut profondément.
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C'est l'heare de pensée où s'allument les lampes. La ville, où peu à peu toute rumeur s'éteint, Déserte, se recule en un vague lointain Et prend cette douceur des anciennes estampes.
Graves, nous nous taisons. Un mot tombe parfois, Fragile pont où Tâme à l'Ame communique.
Le ciel se décolore ; et c'est un charme unique, Cette fuite du temps, il semble, entre nos doigts.
Je resterais ainsi des heures, des années, Sans épuiser jamais la douceur de sentir Ta tête aux lourds cheveux sur moi s'appesantir, Comme morte parmi les lumières fanées.
C'est le lac endormi de l'heure à l'unisson, La halte au bord du puits, le repos dans les roses ; Et par de longs fils d*or nos cœurs liés aux choses Sous l'invisible archet vibrent d'un long frisson.
Oh I garder à jamais l'heure élue entre toutes. Pour que son souvenir, comme un parfum séché, Quand nous serons plus tard las d'avoir trop marché, Console notre cœur, seul, le soir, sur les routes.
Voici que les jardins de la Nuit vont fleurir.
Les lignes, les couleurs, les sons deviennent vagues.
Vois, le dernier rayon agonise à tes bagues.
Ma sœur, entends-tu pas quelque chose mourir!...
Mets sur mon front tes mains fraîches comme une eau pure, Mets sur mes yeux tés mains douces comme des fleurs ; Et que mon âme, où vit le goût secret des fleurs, Soit comme un lis fidèle et pâle à ta ceinture.
ALBERT SAMAirf 3l3
G est la Pitié qui pose ainsi son doigt sur nous ; Et toat ce que la' terre a de soupirs qui montent, Il semble qu'à mon cœur enivré le racontent Tes jeux levés au ciel si tristes et si doux.
(Au Jardin de l'Infante.)