‹ Poètes d'aujourd-hui, 1880-1900Chapitre 173 sur 202 · LES OLIVIERS · texte numérisé non relu

LES OLIVIERS

L'aile en fureur, l'hiver sur les monts vole et vente. Du sang glacé des fleurs se paissent les janviers ; Votre pleine verdure étincelle vivante.

Vous, oliviers que j'aime, oliviers, oliviers!

Votre être fortuné c'est Pallas qui l'enfante, Sa mamelle est d'argent, jadis vous y buviez ;

Le fea gonfle le flanc des terres, et, sonore, Tressaille en jets de fleurs hors du rosier brûlant. Ne regrettes-tu pas les blancheurs de Taurore?

— Sous les feuillages gît le troupeau somnolent. —

Sur le volcan cendreux une flamme s'élance, Le pâle coudrier près des laves grandit.

L'ormeau mélancolique au zéphyr se balance.

Au loin la mer silencieuse resplendit!

Le feu ! voici le feu I le grand soleil s'effondre. Les astres sur la mer montent et sur ses bords Un peuple de bergers lèvent pour leur répondre, Des flambeaux rayonnants sur la cendre des morts.

D'un laurier radieux j'illustrerai tes tempes : Vierge I ton cœur est dor x comme un soleil levant. Lorsque l'aube d'été fera pâlir les lampes, Sur mon luth douloureux mets tes mains en rêvant.

toi I dont le sourire alimente mon songe ; Il est une montagne aux deux vallons secrets.

— Dans les flots de la mer que le soleil se plonge Ou qu'en ses voiles blancs l'aube coure aux forêts.

Marchons vers la montagne où des flammes plus amples Brûlent sur un parvis qui luit à ses sommets : Je te constituerai la Vestale des temples, Mes trépieds d'or vivant sont sculptés pour jamais I

(La Souffrance des Eauœ,)

LAURENT TAILHADE i854

M. Laurent Tailbade (Laorent-Bernard-Paul-Marie) est né à Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 1 6 avril 1 854> d* une vieille famille de magistrats et d'officiers ministériels, et de laquelle nous nommerons seulement son grand-oncle et parrain, le docteur Paul Tailhade, àqui son pays est redevable delà station de Capvern qu'il fit connaître dans une suite d'opuscules dont le ton satirique lui valut force ennemis. Bien qu'ayant écrit de très bonne heure, M. Laurent Tailhade, tout d'abord, n'eut d'autre ambition que de faire de la littérature en amateur, et ce n'est guère que vers sa trentième année qu'il se décida à publier ses premiers vers, en un volume intitulé : Lt Jardin desréoes, aujourd'hui épuisé, et que Théodore de Banville magnifia d'une préface enthousiaste. C'est alors également qu'il corn-* mença à éparpiller dans les journaux et dans de petites revues souvent éphémères, tels Latèee^ Le Décadent, Le Sca^ pin,etc.f les irréprochables poèmes comme Hélène^ Tristesse aajardiny Vitrail., Prospérons Irland, Les Fleurs cTOphéliey Ballade surannée de la consolation automnale, etc., inoubliables pour ceux qui les ont lus, et qui formèrent plus tard les deux petits livres : Dizain de sonnets et Vitraux. (Et de ee dernier nous aurions donné quelques pièces si son éditeur, M. Alphonse Lemerre, bien connu pourtant pour sa générosité à répandre les volumes de ses auteurs, ne nous avait re-

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